Fermeture de l'espace aérien jusqu'à nouvel ordre et bouclage d'un quartier entier: La Haye, paisible capitale politique des Pays-Bas, a vécu mercredi dans la tension inhabituelle d'une vaste opération de police antiterroriste. Selon un témoin, un hélicoptère a patrouillé en permanence sur la zone, un nombre considérable d'hommes, parfois accompagnés de chiens, ont été mobilisés dans le froid pluvieux de cette journée. Vers 18 heures, deux suspects qui étaient restés retranchés dans un appartement ont finalement été arrêtés.

Tout avait commencé au milieu de la nuit de mardi à mercredi, lorsque trois policiers ont tenté d'opérer des arrestations dans le cadre d'une enquête antiterroriste, selon le procureur général de La Haye. Des explosions de grenades ont blessé trois agents, déclenchant cette vaste opération. Tous les habitants du quartier avaient été évacués et la presse tenue à l'écart du théâtre des opérations.

L'affaire intervient alors que les Pays-Bas vivent des jours troublés. Depuis le 2 novembre, date de l'assassinat du cinéaste provocateur à l'égard de l'islam Théo van Gogh, les attaques contre des lieux de culte ou d'enseignement musulmans se sont multipliées. Dans la même nuit de mardi à mercredi, une école islamique était la proie des flammes à Uden (sud). Cinq églises ont aussi subi des déprédations. Contrairement à l'assassinat de Théo van Gogh qui est imputé à un Néerlando-marocain de 26 ans dont la police estime qu'il faisait partie d'un groupe organisé, ces faits interprétés comme des représailles sont plutôt, pensent les spécialistes, perpétrés par des individus isolés.

Reste que le gouvernement et, en particulier, le ministre de l'Intérieur, Johan Remkes, en charge des services secrets, ont essuyé de virulentes critiques pour avoir négligé, selon de nombreux commentateurs, de suivre des pistes terroristes. Hier, la presse néerlandaise rapportait des propos très sévères à l'égard de Johan Remkes tenus par plusieurs représentants du gouvernement et du monde politique. Le NRC Handeslblad rapportait aussi que certains dossiers des services secrets contenant des informations sur les groupuscules terroristes opérant aux Pays-Bas avaient fait l'objet de fuites incontrôlables vers les milieux concernés. Gerrit Zalm, le ministre des Finances, a déclaré «la guerre» au terrorisme. La mort de Théo van Gogh a déclenché un regain d'activité de la part des services de police qui traquent désormais les islamistes radicaux et rechercheraient activement un suspect syrien qui pourrait être impliqué dans la préparation de l'assassinat du cinéaste. En fin de journée hier, on ignorait cependant encore si l'affaire de La Haye et le meurtre de Théo van Gogh avaient un lien.