Les blessés sont pour la plupart des membres des forces de sécurité, a précisé le directeur d’un hôpital de la deuxième ville du pays, à 1000 km à l’est de Tripoli. Tous ont ensuite pu quitter l’hôpital.

Les violences ont été déclenchées par l’arrestation d’un militant des droits de l’homme, l’avocat Fethi Tarbel. Celui-ci a été interpellé «pour avoir répandu une rumeur selon laquelle la prison était en feu», selon l’édition en ligne du quotidien «Quryna».

En dépit de sa remise en liberté, les manifestants «auxquels se sont jointes des personnes munies d’armes blanches et de cocktails molotov» ont marché jusqu’au centre-ville. Ils y ont incendié des voitures et jeté des pierres contre les forces de l’ordre, selon «Quryna». Ils sont restés une partie de la nuit sur la place Chajara.

Selon des sources concordantes, des slogans ont été scandés contre le régime, comme: «Benghazi réveille-toi c’est le jour que tu attendais» ou «le peuple veut faire tomber la corruption».

Pour faire face aux manifestants, des associations pro-Kadhafi ont organisé une marche «mais une poignée de saboteurs cherchant à semer la zizanie et à perturber la stabilité du pays leur ont lancé des pierres», ce qui provoqué des heurts entre les deux camps, a affirmé le journal.

Contre-offensive du pouvoir

Le calme était toutefois revenu mercredi matin. Selon une source libyenne bien informée, les autorités ont lancé mercredi une «campagne d’interpellations» parmi les «activistes» à Benghazi, bastion des opposants du régime.

Les comités révolutionnaires, épine dorsale du régime libyen, ont prévenu mercredi qu’ils «ne permettraient pas à des groupes s’activant la nuit de piller les acquis du peuple et de menacer la sécurité du citoyen et la stabilité du pays».

Des centaines de manifestants pro-régime ont ensuite défilé à Benghazi, Syrte (est), Sebha (sud) et Tripoli, selon des images de la télévision d’Etat al-Jamahiriya. Ils brandissaient des drapeaux et des photos du colonel Kadhafi et scandant des slogans à la gloire du «Guide».

Libération d’islamistes

Le régime libyen a par ailleurs libéré mercredi 110 militants du Groupe islamique libyen de combat, dont trois dirigeants de cette organisation interdite. Selon le président de l’Association libyenne des droits de l’homme, Mohamed Ternich, ce sont les derniers membres de cette organisation toujours détenus à la prison Abou Salim de Tripoli.

Ces événements interviennent avant une «journée de colère» prévue jeudi en Libye, selon des appels lancés sur Facebook. Par ailleurs, dans une pétition reçue lundi par l’AFP, plus de 200 signataires et des organisations d’opposition libyennes basées à l’étranger ont souligné «le droit du peuple libyen d’exprimer son opinion» et appelé M. Kadhafi et sa famille à quitter le pouvoir.

L’Union européenne a appelé Tripoli à autoriser «l’expression libre» et à éviter «toute violence». «Nous appelons les autorités à écouter tous les gens qui participent aux protestations et ce que la société civile dit, et à permettre l’expression libre», a souligné une porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

Révolution peu probable

Il est impossible à ce stade d’évaluer les conséquences de ces événements. La plupart des analystes s’accordent toutefois à penser qu’un scénario à la tunisienne ou à l’égyptienne est peu probable en Libye, pays qui dispose d’importantes ressources financières pouvant être utilisées pour calmer les esprits.

En outre, la société libyenne est structurée sur un système de liens tribaux et familiaux. Dans ce cadre, s’il devait y avoir contestation du régime de M. Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, elle se développerait plutôt en coulisses que dans les rues.