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Une photo de l'évacuation du camps de Manus prise par un réfugié.
© HANDOUT

Océanie

La police papouasienne fait évacuer le camp australien de réfugiés de Manus

Cette intervention musclée met fin à trois semaines de bras de fer avec les centaines de demandeurs d’asile qui y étaient retranchés

La police papouasienne a annoncé ce vendredi avoir évacué le camp australien de réfugiés de Manus. L’intervention, qui avait débuté jeudi, a repris de plus belle, et de façon plus musclée vendredi. Les policiers désormais armés de barres métalliques ont achevé dans la matinée de contraindre les migrants de sortir du camp pour se rendre dans deux nouveaux centres de rétention.

«Tout est vide, les soldats ont repris leur base», a déclaré Dominic Kakas, un haut responsable de la police de Papouasie-Nouvelle-Guinée, en référence au centre de rétention de Manus qui avait été ouvert par l’Australie sur une base navale papouasienne.

L’Australie est depuis des années dénoncée pour sa politique très dure contre les clandestins qui tentent de gagner ses côtes. Elle n’en accepte aucun sur son sol, mais les relègue indéfiniment dans des camps dans des pays tiers, comme celui de l’île de Manus.

Et même si leur demande d’asile est fondée, ils ne seront pas acceptés sur le sol australien, Canberra ne leur offrant que la possibilité de s’établir dans un pays tiers. Ou de rentrer chez eux. Cette politique n’a eu qu’un succès limité, très peu de migrants ayant accepté d’aller vivre dans d’autres pays.

Une impasse administrative

Et l’Australie a essuyé un revers quand elle a été contrainte de fermer au 31 octobre le centre de Manus que la Cour suprême de Papouasie avait jugé anticonstitutionnel. Elle a alors prié les demandeurs d’asile de se rendre dans d’autres centres de rétention de l’île.

Craignant que l’impasse administrative dans laquelle ils se trouvent ne se poursuive, des centaines de migrants ont opté pour le bras de fer avec les autorités en se retranchant dans le camp de Manus, quand bien même l’eau et l’électricité avaient été coupées.

Après une journée de jeudi marquée par l’évacuation contrainte d’une cinquantaine de migrants, environ 320 demandeurs d’asile demeuraient vendredi matin dans ce camp.

Lire aussi: «L’Australie pousse à bout les réfugiés pour décourager quiconque de rejoindre le pays»

«Informations exagérées»

Des vidéos et des photos postées par les réfugiés sur les réseaux sociaux ont montré vendredi l’intervention musclée de policiers en uniforme brandissant des barres métalliques, et s’en servant pour pousser les migrants vers des bus garés à l’extérieur. La police papouasienne s’était pourtant engagée à ne pas recourir à la force.

Le ministre australien de l’Immigration, Peter Dutton, a salué la fin de l’évacuation et accusé les défenseurs des réfugiés d’«informations inexactes et exagérées au sujet des violences et des blessures» provoquées par la police papouasienne.

Il a également soutenu que les nouveaux centres de rétention de Manus étaient prêts pour accueillir les réfugiés, contrairement à ce qu’affirmaient ces derniers et des organisations comme le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Lire aussi: L'Australie veut interdire de séjour à vie les clandestins

«Effrayés, épuisés, déprimés»

Les associations disent surtout craindre pour la sécurité des migrants s’ils restent à Manus, en raison de l’hostilité vraisemblable des habitants de l’île qui n’ont pas été consultés sur l’ouverture de ces camps. «Ces hommes sont effrayés, ils sont épuisés et déprimés», a expliqué vendredi Amy Frew, avocate au sein du Centre juridique pour les droits de l’Homme, une ONG australienne.

«Après quatre ans et demi dans les limbes et l’incertitude, ils n’ont toujours pas d’endroit sûr où aller.» «Ce qui s’est passé ce matin montre que quoi qu’ils fassent, où qu’ils aillent, leur sécurité ne pourra être garantie tant qu’ils n’auront pas été évacués de Papouasie-Nouvelle-Guinée.»

Dans un communiqué, le HCR s’était déjà dit jeudi préoccupé par des informations faisant état d’un usage de la force, regrettant que son personnel n’ait «pas bénéficié d’un plein accès au centre».

Politique dissuasive

Le gouvernement australien soutient que sa politique très dure vis-à-vis des demandeurs d’asile permet d’éviter de dramatiques naufrages en ce qu’elle dissuaderait les migrants de se lancer dans la périlleuse traversée vers l’Australie.

«Nous ne céderons pas aux pressions», a encore affirmé jeudi le Premier ministre australien Malcolm Turnbull. La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a proposé d’accueillir 150 réfugiés. Une offre rejetée par Canberra.

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