Le policier «a été placé en détention» par la police criminelle, a déclaré le commissaire John Harrington, du département de la Sécurité civile du Minnesota. Une vidéo violente montrait ce policier interpellant violemment lundi pour un délit mineur George Floyd, 46 ans, en plaçant son genou sur son cou.

«Je ne peux plus respirer», l'entend-on dire dans l'enregistrement de la scène. Les résultats de l'autopsie ne sont pas encore connus, mais le policier est accusé d'avoir asphyxié George Floyd.

Homicide involontaire

Les quatre agents impliqués dans le drame ont été licenciés et des enquêtes fédérales et locales ont été ouvertes pour établir leurs responsabilités. Mais seul l'un d'entre eux a été arrêté pour l'instant. Dans la foulée, le procureur du comté de Hennepin a annoncé que ses services l'inculpaient d'acte cruel et dangereux ayant causé la mort et d'homicide involontaire. Ce développement judiciaire fait suite à une troisième nuit d'émeutes dans cette grande ville du Minnesota (nord). La Garde nationale a été déployée vendredi pour tenter de ramener le calme, alors qu'un commissariat a été incendié dans la nuit et plusieurs commerces pillés.

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Le président Donald Trump, qui a dénoncé à plusieurs reprises un crime «tragique», s'en est pris cette fois aux «casseurs». «Les pillages seront immédiatement accueillis par les balles», a-t-il ajouté dans un tweet, que Twitter a décidé de signaler comme une «apologie de la violence».

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Sur un ton diamétralement opposé, son prédécesseur démocrate Barack Obama a dit partager «la détresse» des millions d'Américains noirs, pour qui «être traités différemment sur la base de la race est tragiquement, douloureusement et de façon enrageante 'normal'». «Cela ne devrait pas être 'normal' dans l'Amérique de 2020», a ajouté le premier président noir des Etats-Unis. Son ancien vice-président Joe Biden, candidat démocrate pour la présidentielle de novembre, a de son côté dénoncé la «plaie béante» du «racisme institutionnel» aux Etats-Unis. «Les gens sont en colère car ce n'est pas la première fois que la police tue dans ce pays», a pour sa part déclaré le révérend Al Sharpton.

«Décennies de souffrance»

Les «cendres» du commissariat et des commerces voisins incendiés «sont le symbole de décennies de souffrances», a commenté le gouverneur démocrate du Minnesota Tim Walz lors d'une conférence de presse. «Des générations de douleur s'expriment face au monde et le monde regarde», a-t-il ajouté. Tout en insistant sur la nécessité d'apporter des réponses de fond aux inégalités raciales, il a souligné que sa priorité immédiate était de «ramener l'ordre».

La colère commence à gagner d'autres villes américaines. Des manifestants ont bloqué une autoroute à Denver, d'autres ont défié les ordres de confinement à New York ou Phoenix. A Louisville, dans le Kentucky, des affrontements ont eu lieu alors que des habitants demandaient justice pour Breonna Taylor, une femme noire tuée par la police dans son appartement en mars. Sept personnes ont été blessées par balles, dont deux restent hospitalisées, selon le maire.

L'affaire rappelle notamment la mort d'Eric Garner, un homme noir décédé en 2014 à New York après avoir été asphyxié lors de son arrestation par des policiers blancs. Lui aussi avait dit «Je ne peux pas respirer», une phrase devenue un cri de ralliement du mouvement Black Lives Matter ("La vie des Noirs compte").

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