«Tout s’est passé vers 17h30. Il y avait une foule dans la rue, des manifestants qui criaient des slogans contre le président, et beaucoup d’agitation, des bruits de balles aussi. Ma sœur qui était en vacances chez notre mère a entendu du bruit et est sortie sur la terrasse, en haut de la maison, avec d’autres femmes, elles étaient 6 ou 7, ce sont elles qui m’ont raconté comment c’est arrivé. Moi j’avais essayé de venir à la maison mais il y avait des policiers et les soldats dans la rue, et des cartouches partout, je suis rentrée chez moi.

Les policiers avaient déjà tiré dans la foule, et deux enfants ont été tués, ils avaient 12 et 14 ans. Des soldats n’ont pas voulu les laisser tirer alors ils sont montés en haut de la mosquée, qui se trouve en face de la maison, à une centaine de mètres. Ils étaient deux ou trois. Les policiers ont tiré sur ma sœur, ils ont tiré deux fois, une balle est arrivée dans le mur, et la deuxième a touché ma sœur à la gorge, près de l’oreille. Il n’y a eu aucune sommation. Elle est morte en un quart d’heure. Nous l’avons emmenée à l’hôpital où il n’y avait pas de médecin. Maintenant son corps est à la morgue et doit être autopsié.

La fille de ma sœur n’est pas encore au courant, c’est une fille unique, elle est chez une voisine. Le mari de ma sœur doit arriver cet après-midi de Suisse, ils habitent dans la banlieue de Lausanne. Ma sœur travaillait comme infirmière aide opératrice en chirurgie, elle était en Suisse depuis plus d’une dizaine d’années.

La situation est un peu plus calme ce matin, mais il y a encore des bagarres. Ma mère pleure et crie comme une folle, nous crions tous.»