Le chiffre a été divisé par 10 000 en moins de trois décennies. Alors que la poliomyélite frappait encore 350 000 personnes, essentiellement des enfants en bas âge, à la fin des années 1980, elle n’en a plus touché l’an dernier que 35. Un progrès extraordinaire obtenu grâce à la campagne mondiale de vaccination lancée en 1988 contre cette maladie connue pour entraîner des paralysies et parfois même des issues fatales. L’initiative a jusqu’ici sauvé 1,5 million d’enfants de la mort et 15 millions d’autres d’un handicap. Mais elle ne sera définitivement couronnée de succès que le jour où la maladie aura été totalement éradiquée de la planète. Or, à cet égard, rien n’est encore joué: un retour en force du fléau reste possible.

Pakistan et Afghanistan

Le Pakistan s’avère le principal réservoir mondial de la maladie en raison de résistances très fortes à la campagne de vaccination, considérée comme une manoeuvre américaine hostile. Mais il semble enfin sur la bonne voie avec 19 cas recensés en 2016 contre 51 l’année précédente. «Ce succès est à mettre sur le compte d’un engagement beaucoup plus marqué du gouvernement central, explique Sona Bari, porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la poliomyélite. Mais ces bonnes dispositions ne sont pas unanimement partagées. Certaines autorités locales rechignent encore à soutenir l’effort en cours, notamment dans les zones tribales du nord-ouest.»

L’Afghanistan est le deuxième pays le plus touché au monde. Et contrairement au Pakistan, il n’a guère progressé l’an dernier, puisqu’il a connu 12 cas en 2016, contre 20 en 2015, 28 en 2014 et, surtout, 14 (à peine plus) en 2013. Le pays cumule, il est vrai, les handicaps. Il est non seulement collé au principal réservoir de poliomyélite du monde, il connaît aussi un état de guerre qui empêche les vaccinateurs d’atteindre certaines régions et d’immuniser leurs enfants. Le problème est d’autant plus sérieux que la situation y est très volatile et que le conflit peut isoler à tout moment d’autres zones.

Déception pour le Nigeria

Le Nigeria, troisième et dernier pays «endémique», représente la principale déception de l’an dernier. Alors qu’il n’avait plus connu le moindre cas de poliomyélite en 2015, il en a compté 4 en 2016. Quatre cas surgis dans le nord-est, une contrée où l’armée régulière poursuit un long combat contre l’organisation djihadiste Boko Haram. Le pays cumule les handicaps de l’Afghanistan et du Pakistan, soit une grave insécurité et un manque de volonté de certaines autorités locales. «Il a tant de défis à relever actuellement, soupire Sona Bari, que la lutte contre une maladie particulière, la poliomyélite, n’y constitue pas une priorité.»

Les meilleurs nouvelles concernent encore le niveau global. Outre la réduction du nombre de cas répertoriés dans le monde – 35 contre 74 en 2015 –, une des trois souches porteuses du virus, le type 3, a connu sa quatrième année d’absence. Il faudra attendre encore longtemps avant qu’elle soit déclarée éradiquée: le type 2, disparu en 1999, ne l’a été qu’en 2015. Mais l’espoir grandi que seul le type 1 ait survécu aux vaccinateurs.

Dernier développement heureux: le nombre de cas dérivés du vaccin – il en existe! – s’est effondré pour passer de 32 en 2015 à 3 (répertoriés au Laos) en 2016. Ce développement est d’autant plus prometteur que les vaccins utilisés ces dernières années, des produits «trivalents» c’est-à-dire valables contre les trois souches, ont été remplacés par des bivalents, qui ne contiennent plus que des virus atténués de type 1 et 3. Or, ce sont les virus atténués de type 2 qui provoquaient le plus d’accidents.