La votation en Suisse sur les minarets a relancé en Allemagne un vieux débat sur l’instrument politique qu’est le référendum. «La votation ne s’est pas limitée à la question des minarets, regrette ainsi le chrétien-démocrate Armin Laschet, chargé des questions liées à l’intégration des étrangers au sein du gouvernement régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans une interview au quotidien Neue Osnabrücker Zeitung . D’autres éléments sont intervenus dans la décision des électeurs: la peur du fondamentalisme, le rejet des mariages forcés, les craintes liées à l’emploi. Cela montre pourquoi l’instrument du référendum est inadapté pour des sujets aussi complexes que les minarets. […] Je suis heureux que nous ayons en Allemagne une Constitution bien plus intelligente qui n’autorise pas de référendum sur ce genre de question. […] Je pense qu’il ne serait pas souhaitable qu’on puisse ici s’exprimer sur les questions religieuses par référendum. Ou doit-il être possible de voter pour ou contre la construction d’une synagogue?»

En Allemagne, le recours au référendum n’est prévu par la Loi fondamentale qu’en cas de redécoupage régional, par exemple en cas de fusion de deux Länder. Pour le reste, les régions ont la possibilité d’organiser des consultations populaires directes, concernant la vie du Land, Celles-ci sont surtout répandues en Bavière, à Berlin, à Hambourg et en Rhénanie-Palatinat.

«Le peuple peut se tromper»

Mais, depuis des années, le SPD, les Verts, Die Linke et les libéraux du FDP réclament une modification de la Constitution afin d’étendre le recours au référendum. Angela Merkel, qui sait bien que la réunification n’aurait sans doute jamais eu lieu s’il avait fallu l’approuver par référendum, s’est toujours prononcée contre une telle réforme, qui nécessiterait une majorité des deux tiers au Bundestag. «Je suis résolument contre l’introduction d’éléments de plébiscite au niveau national», estimait récemment la chancelière à ce sujet.

La déception provoquée en Allemagne par le résultat de la votation suisse ne change rien à la conviction des sociaux-démocrates et des Verts, désireux d’introduire le référendum sur les questions de société. «La démocratie comprend une dose de risque, estime ainsi dans le Frank­furter Rundschau Dieter Wiefel­spütz, spécialiste des questions de sécurité du SPD. Le peuple aussi peut se tromper.» Le SPD entend utiliser le faible score obtenu par la CDU aux dernières élections pour engager une réforme de la Loi fondamentale et introduire le référendum au cours de la législature.

«La votation suisse n’est pas un argument contre le principe du référendum, estime pour sa part Jerzy Montag, expert constitutionnel des Verts. Toutefois, il ne doit pas être possible d’organiser un référendum sur une question remettant en cause les droits de l’homme. C’est pourquoi une question comme celle des minarets ne doit pas être tranchée par consultation.»