«Politico», le média qui veut bousculer Bruxelles

Médias Le journal américain d’informations politiques de référence débarque en Europe

Le sommet européen extraordinaire consacré à la crise des migrants ce jeudi à Bruxelles vient quelque peu gâcher la grande fête du lancement de Politico Europe prévue en même temps à l’Autoworld, le musée de l’automobile, à deux pas du quartier européen. Donald Tusk, le président du Conseil européen, et d’autres dignitaires ne seront donc pas de la partie. Il n’empêche, l’inauguration de ce média – un quotidien en ligne et un hebdomadaire papier gratuit – constitue un événement de taille et, surtout, un défi majeur pour la scène médiatique européenne plutôt déprimée depuis des années.

Star du journalisme politique aux Etats-Unis, une référence de l’intelligentsia américaine et un modèle économique à succès, Politico a, après plusieurs mois de préparation, débarqué à Bruxelles cette semaine. En une mardi, une grande interview de Jean-Claude Juncker. Depuis, celle-ci fait beaucoup parler, notamment sur la question de la santé du président de la Commission (calculs rénaux). Sur son site mercredi, le journal se demande si l’Union européenne fait vraiment assez pour sauver les migrants dans la Méditerranée.

Politico, c’est une histoire relativement récente. Tout a commencé lorsque John Harris et Jim VandeHei, deux journalistes du Washington Post, lassés du ronronnement médiatique quotidien dans la capitale américaine, ont claqué la porte et fondé le journal en ligne, avec 12 collaborateurs. C’était en 2007. Le groupe compte dépasser les 500 l’an prochain. Dans une récente communication, Jim VandeHei qui, depuis, occupe les fonctions de directeur exécutif du groupe, a annoncé des plans d’expansion dans les Etats américains et en Asie.

La clé du succès de Politico: un traitement plus incisif et plus réactif de l’information. «Nous ne sommes pas un média de masse, a déclaré cette semaine au Monde Matthew Kaminski, un ancien du Wall Street Journal et chargé de reproduire le modèle américain en Europe. Bruxelles n’est pas une super-capitale où se concentrent tous les pouvoirs; mais c’est une vraie capitale en termes de régulation.» Politico Europe caresse donc aussi l’ambition d’informer les décideurs américains sur ce qui se trame dans les labyrinthes des institutions européennes.

Frites et gaufres

Lentement mais sûrement, le regard des Américains sur le Vieux Continent change. A l’occasion de la première visite de Barack Obama en Europe en 2011, le journal avait fait remarquer que «la deuxième capitale la plus puissante au monde avait bien évolué au-delà des gaufres et des frites. Tout comme Washington, la capitale belge est une ruche d’avocats, politiciens, diplomates, espions, lobbyistes et autres apparatchiks politiques».

A l’approche de ce week-end, journalistes, infographistes, photographes, maquettistes et metteurs en page se concentrent sur la toute première édition papier qui paraîtra ce vendredi. La rédaction est installée provisoirement à Résidence Palace, l’une des deux ruches de journalistes couvrant l’actualité européenne à Bruxelles. Au total, 36 journalistes et 40 collaborateurs de DII, la société sœur spécialisée dans les activités annexes (organisation des conférences, publications thématiques), sont à pied d’œuvre. Le nombre de collaborateurs devrait passer rapidement à 120.

«Nous avons les mêmes ambitions en Europe qu’aux Etats-Unis, explique Gabriel Brotman, chef de la division Stratégie et développement. La méthode de travail – un journalisme réactif, percutant et ciblé – ne changera pas.» En revanche, l’équipe de journalistes d’horizons divers, une vingtaine de nationalités issus de quatre continents et parlant 14 langues adapteront leur méthode de travail à l’environnement européen. Politico Europe profitera aussi des apports de la rédaction américaine.

Pour ses opérations européennes, Politico s’est allié avec l’éditeur allemand Axel Springer, qui est aussi l’un des actionnaires du Temps. A Bruxelles, l’entreprise a commencé par acheter The European Voice, un hebdomadaire du groupe The Economist. Ce rachat lui a apporté une structure de base, une rédaction déjà formée à la matière européenne et une liste d’abonnés.