«Le Temps»: Votre Parlement a adopté récemment une loi obligeant les ONG israéliennes qui reçoivent des fonds de l’étranger à en faire mention dans chacune de leurs publications. Ces ONG assurent qu’il s’agit là d’une manière de les mettre à l’index et d’en faire pratiquement des «traîtres à la patrie». Or il se trouve que la Suisse finance certaines de ces ONG de manière conséquente. Ce dossier sera-t-il prioritaire pour vous?

Jacob Keidar: Pour être franc, je ne vois pas très bien en quoi cette loi peut être considérée comme gênante. La transparence est toujours bienvenue. En tant que simple citoyen, j’aimerais être aussi informé que possible sur le financement d’organisations dont la volonté est de transformer la nature même de l’Etat d’Israël. Si ces ONG dont vous parlez ont un «agenda politique», il faut qu’il soit clairement exposé.

Cela dit, même si je ne vois pas cette question comme particulièrement importante, il est de notoriété publique que nous avons certaines différences de vue avec la Suisse, comme nous les avons avec l’Union européenne ou les Etats-Unis. Parmi ces divergences figure notamment la question des implantations (les colonies israéliennes en Cisjordanie). Pour nous, cette question n’a aucune implication sur la reprise du processus de paix.

– Le parlement israélien a aussi adopté lundi une loi controversée qui rend possible l’éviction de députés, et qui vise directement les élus arabes de la Knesset. Cela traduit-il un climat plus général de crispation?

– Il faut remettre cela dans son contexte. La députée Haneen Zoabi, puisque c’est elle qui est visée à l’origine dans ce projet de loi, a ouvertement appelé à la destruction de l’Etat d’Israël; elle a participé à l’opération dite «flottille pour Gaza» (2010); elle soutient des éléments terroristes… Il y a des limites à ce que nous pouvons supporter. Par ses agissements, et en appelant à la fin de l’Etat d’Israël, Haneen Zoabi agit même contre l’intérêt de ses propres électeurs.

Ceci étant, il est peu vraisemblable que le parlement trouve une majorité de 90 voix, comme cela est spécifié dans la loi, pour évincer Haneen Zoabi ou qui que ce soit d’autre.

– Les experts d’une bonne partie du monde se bousculent ces temps en Israël pour apprendre de votre expérience en termes de mesures sécuritaires. La menace terroriste globale donne-t-elle, à vos yeux, raison à Israël?

– Il est vrai que nos politiques sont mieux comprises actuellement qu’auparavant. Nous ne l’avons pas choisi, mais nous avons effectivement une certaine expérience en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Au-delà de ce partage d’expérience que vous évoquez, nous sommes convaincus qu’il s’agit, pour la région, de saisir ce moment unique. Avec les Occidentaux, mais aussi les pays arabes, que ce soit nos voisins ou des pays de l’Afrique du nord, nous sommes aujourd’hui face à l’ennemi commun que sont les islamistes, auquel s’ajoute l’Iran.

Dans cette optique, notre priorité principale, c’est notre propre sécurité. Bien sûr, nous souhaitons la fin de la guerre en Syrie, mais ce qui nous importe avant tout, c’est que ce conflit ne s’étende pas, et particulièrement au Liban.