Un homme «libre» au service d'une France «libre» désireuse de «conforter le multilatéralisme»: Nicolas Sarkozy s'est évertué à montrer, mercredi à Paris, qu'il n'est ligoté par rien sur le plan de la politique étrangère, sauf par le souci de l'indépendance et de la sécurité hexagonale. En réservant ses idées neuves à la diplomatie multilatérale: négociation d'un traité international sur les migrations, proposition d'une banque mondiale du combustible nucléaire civil, élargissement conditionnel du Conseil de sécurité de l'ONU, lancement d'une Union méditerranéenne...

L'allusion, d'emblée, «au général de Gaulle qui avait refondé la politique étrangère de la France» a donné le ton. En deux heures et demie, le candidat de l'UMP à la présidentielle a voulu faire mentir ceux qui l'accusent d'être trop atlantiste, et trop aligné sur Washington où il s'était rendu en septembre 2006 pour rencontrer George Bush. «Je demande aux Américains de nous laisser libres, libres d'être leurs amis», a-t-il asséné, après avoir salué «l'action à bien des égards exemplaire de Jacques Chirac» et avant de souhaiter «un horizon de retrait pour les troupes étrangères présentes en Irak».

Même souci de conserver ses distances vis-à-vis de Washington en matière de défense. Malgré «l'amitié indéfectible» entre la France et les Etats-Unis, Nicolas Sarkozy - qui s'était comme sa rivale socialiste trompé la veille sur le nombre des sous-marins nucléaires français - a bétonné: engagement de consacrer 2% du budget national à la défense; volonté d'aller de l'avant - contrairement à Ségolène Royal - avec la construction du second porteavions nucléaire; éloge de la dissuasion; avertissement à l'OTAN «qui ne doit pas devenir une organisation concurrente de l'ONU» et insistance sur la complémentarité entre l'Alliance atlantique et la défense européenne. Sa ligne politique, sur l'Iran, calque celle de Jacques Chirac sur l'Irak. Volonté de recourir à des sanctions plus lourdes afin d'empêcher que Téhéran accède à l'arme atomique jugé «inacceptable». Mais rien sur une possible intervention militaire au cas où le régime islamique passerait outre.

Sur l'Europe, placée au premier rang de ses objectifs, le patron de l'UMP a joué dans son registre connu: avec des ambitions limitées, contre l'entrée de la Turquie dans l'UE, mais désireux de «débloquer» les institutions européennes grâce à un «traité simplifié technique, fonctionnel» et à «la remise en cause de la règle de l'unanimité». Un discours fidèle à la double exigence que le rival de Ségolène Royal s'est fixé: respecter le non français au référendum de mai 2005, et proposer d'ici aux élections européennes de 2009 des solutions intermédiaires pour éviter que l'Europe à 27, en première ligne pour la défense des intérêts économiques, ne s'affaiblisse à force de paralysie.

Mi-chèvre mi-chou, le «mini-traité» proposé inclurait la création d'un poste de ministre européen des Affaires étrangères et un mécanisme d'alerte précoce destiné à permettre aux parlements nationaux de s'assurer que l'UE n'excède pas son champ de compétences. Le candidat à la succession de Jacques Chirac n'a toutefois pas précisé comment convaincre les 26 autres pays de l'UE, à commencer par l'Allemagne, de se ranger à son idée.

Il fallait, pour conclure cette opération destinée à conforter sa crédibilité d'homme d'Etat, que Nicolas Sarkozy mette des projets sur la table. Il l'a fait sur le terrain où les résultats sont le plus aléatoires: celui de la coopération internationale. Préférant parler d'énergie du «futur» plutôt que de nucléaire, l'actuel favori des sondages français a proposé que l'uranium civile nécessaire soit «mutualisé» et pris en charge par un consortium international, un peu comme le propose actuellement à l'Iran la Russie. Les migrations et la défense des libertés et des droits de l'homme figurent aussi parmi ses priorités. En attendant que la raison d'Etat, en cas de victoire, ne se charge sans doute de les remodeler.