Le scandale a commencé par une image: une jeune femme chinoise allongée sur un lit d’hôpital, l’air groggy, le cadavre d’un fœtus sanguinolent étendu sur une bâche en plastique à ses côtés. Elle circule sur Internet depuis le début du mois, soulevant une vague d’indignation en Chine et dans le monde.

Feng Jianmei, déjà mère d’un premier enfant, a été forcée à avorter après sept mois d’une grossesse «en trop» qu’elle voulait quand même. Elle n’a pas payé les 40 000 yuans d’amende (5800 francs) exigés par les autorités chargées d’appliquer la politique de l’enfant unique. Le 2 juin, des employés du planning familial du district de Zhenping, dans la province du Shaanxi, l’ont alors emmenée à l’hôpital où ils ont injecté de force un poison dans la fontanelle du fœtus pour provoquer l’accouchement, selon le récit de la jeune femme et de son mari. Deux jours plus tard, le bébé est mort.

En dix jours, le témoignage de Feng Jianmei est devenu le troisième sujet le plus populaire sur le site chinois de micro-blogging Weibo. Il est pourtant banal. Les avortements forcés sont illégaux en Chine, mais pratiqués surtout dans les campagnes, jusqu’au sixième mois ou plus, par des autorités locales soucieuses d’appliquer les quotas de naissances imposés par Pékin.

La politique de limitation des naissances impose un enfant par couple, deux si la famille vit dans la campagne et que le premier est une fille, ou si chacun des partenaires est lui-même enfant unique. Elle devient un sujet très sensible en Chine, où de plus en plus de cas d’abus éclatent au grand jour.

Face à l’indignation populaire, les autorités du district de Zhenping ont annoncé la suspension de trois employés jugés responsables de l’avortement forcé. Dans un article publié lundi, le Global Time, fidèle aux vues de Pékin, admet que la politique de l’enfant unique nécessite un «réajustement».

Disparition du père

Mais l’affaire a pris une nouvelle tournure après la disparition du mari de Feng Jianmei, Deng Jiyuan, rapportée mardi par le South China Morning Post. La sœur du jeune homme raconte qu’il était suivi constamment, surveillé, menacé par les autorités locales. Il aurait été battu alors qu’il tentait de se rendre à Pékin pour donner une interview à la télévision. Dimanche dernier, peu après qu’il eut raconté son histoire au magazine allemand Stern, des villageois ont défilé jusqu’à l’hôpital où sa femme se trouve encore, en brandissant une bannière: «Frappez les traîtres et expulsez-les!» Hier, Deng a appelé sa famille pour lui dire qu’il se portait bien, mais sans toutefois indiquer où il se trouvait ni s’il allait rentrer chez lui.

Les réseaux sociaux fourmillent de rumeurs. Deng et sa femme sont accusés d’avoir menti et donné des interviews à des médias japonais qualifiés d’«ennemis du pays». Les autorités locales sont soupçonnées d’être derrière la fronde populaire contre le couple.