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La politique version Michelle Obama

La First Lady a eu l’honneur de donner le film vainqueur des Oscars 2013 dimanche soir. Ses apparitions publiques, dans un habit qui suscite à chaque fois le débat, relèvent de sa manière de faire de la politique

Quand Jack Nicholson a annoncé l’intervention de Michelle Obama lors de la cérémonie des Oscars, dimanche soir, tout le monde a cru à une nouvelle facétie de l’acteur américain. Or, c’est bien la First Lady qui est apparue en duplex à l’écran, vêtue d’une robe lamé argent du styliste américano-indien Naeem Khan. C’est elle qui a eu l’honneur d’annoncer le récipiendaire de l’Oscar du meilleur film 2013, Argo, de Ben Affleck.

A Téhéran, l’agence officielle Fars News a voulu y voir un complot d’Hollywood, du producteur «sioniste» Warner Bros. et de la Maison-Blanche pour faire l’éloge d’un film anti-iranien. Or, si l’apparition de Michelle Obama fut une surprise gardée secrète jusqu’à la dernière minute, elle fait partie de la manière dont la First Lady se présente désormais aux Américains. Une première dame décomplexée qui profite de sa grande popularité pour jouer d’une image complexe de star inavouée, d’intellectuelle de Harvard et de mère en chef de l’Amérique.

Cette démarche paradoxale se traduit dans le choix de ses stylistes comme Jason Wu, un New-Yorkais jusqu’ici peu connu du public, mais dont le choix souligne le lien ténu que Michelle Obama souhaite conserver entre son côté populaire, hérité de sa jeunesse dans le South Side de Chicago, et l’inévitable impression d’appartenir à l’élite. Pour ses 49 ans célébrés en janvier, elle s’est offert une frange qui est apparue au grand jour lors de la cérémonie d’investiture. «C’est le résultat de ma mid-life crisis», se justifiait-elle pour assurer les citoyens qu’elle est finalement comme eux, et que cette nouvelle coupe de cheveux n’était pas simplement une manière de se transformer en fashion victim.

Première First Lady afro-américaine, Michelle Obama est en ce sens très différente d’Hillary Clinton. A la même fonction, l’épouse de Bill n’avait jamais effacé son pedigree politique, et c’est à elle qu’incomba, en 1993, la présentation de la réforme de la santé. Cela ne signifie pas, toutefois, que la première dame est apolitique. Il suffit de se remémorer le discours subjuguant qu’elle prononça en septembre 2012 lors de la Convention démocrate à Charlotte ou plusieurs meetings de campagne, où elle expliquait mieux que personne les raisons pour lesquelles réélire son mari Barack était une question de valeurs, de choix d’une Amérique conquérante, mais aussi animée par la compassion. En 2010, quitte à fâcher une partie de la West Wing de la Maison-Blanche, elle a poussé Barack à continuer de se fixer des objectifs ambitieux, dont la réforme de la santé en passe d’être mise en œuvre. Elle croit plus que personne que Barack Obama est un président capable de transformer l’Amérique.

La First Lady a une façon bien à elle de faire de la politique sans en avoir l’air. L’intérêt public l’anime en permanence. A Chicago déjà, elle avait préféré quitter une grande étude d’avocats pour exercer plusieurs fonctions visant à développer la communauté en tant que directrice adjointe du Service des étudiants de l’Université de Chicago, ou comme directrice du bureau de Public Allies, une organisation qui a pour vocation de former les jeunes dans le secteur public.

Son souci de combattre un fléau national, l’obésité, l’a convaincue de créer le mouvement Let’s Move, afin de sensibiliser les jeunes à la nourriture saine et à l’exercice. Récemment, elle a assisté aux funérailles d’une jeune fille du South Side de Chicago, Hadiya Pendleton, 15 ans, tuée par balle alors qu’elle marchait dans la rue. Sa présence était naturelle tant elle s’identifie encore à la Windy City. Mais elle servait aussi la campagne du président en faveur d’un contrôle plus strict des armes après la tragédie de Newtown. Lundi, lors de la Conférence des gouverneurs qui se tient actuellement à Washington, elle a exhorté les Etats à adopter des lois visant à faciliter la réintégration des soldats dans la vie civile. Un problème considérable aux Etats-Unis.

Pour Michelle Obama, son installation à la Maison-Blanche n’a toutefois pas été une sinécure. Comme le raconte la journaliste Jodi Kantor dans son livre The Obamas, elle était anxieuse, ne sachant pas quel rôle vraiment jouer. Et comme première First Lady afro-américaine, elle avait l’impression que la faute ne lui était pas permise. Au début, elle voulait même garder ses enfants à Chicago et retarder le déménagement pour ne pas perturber leur scolarité, sans se soucier du dégât d’image qu’une telle attitude aurait pu avoir. Aujourd’hui, en plus d’être la mère de Sasha et de Malia, elle est aussi la mère d’une partie de l’Amérique.

L’intérêt public anime en permanence la première dame

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