La politique vertueuse de Barack Obama envers l’Iran

Nucléaire iranien Le président américain doit désormais convaincre le Congrès

Sa prise de risque porte ses fruits

En précampagne pour l’investiture démocrate, en juillet 2007, Hillary Clinton avait qualifié Barack Obama de «naïf». Le sénateur de Chicago affirmait vouloir dialoguer avec les ennemis de l’Amérique, Cuba et l’Iran en tête. Un jour après l’accord-cadre conclu jeudi à Lausanne, l’ex-secrétaire d’Etat et vraisemblable candidate à la Maison-Blanche pour 2016 est restée prudente. Elle salue la percée diplomatique, mais souligne qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir jusqu’à la conclusion d’un accord global d’ici au 30 juin.

Les républicains n’ont pour la plupart pas changé de credo, jugeant l’accord «mauvais» à l’image des possibles candidats à la présidentielle Jeb Bush, Marco Rubio et Scott Walker. Ils se fient à leur oracle, David Petraeus, l’architecte du surge en Irak en 2007. L’ex-général considère l’Iran plus dangereux que les djihadistes de l’Etat islamique. Le détail de l’accord-cadre donné par le président Barack Obama lors d’une conférence de presse tenue à la Maison-Blanche a toutefois surpris même les sceptiques. A commencer par le président du Council on Foreign Relations, un laboratoire d’idées de New York. Habituellement très critique envers l’administration démocrate, Richard Haas admet qu’il a été surpris par la substance et l’étendue de l’accord conclu entre l’Iran et le groupe du 5+1 (5 membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne), mais sous fort leadership américain.

Pour Barack Obama, c’est sa place dans l’histoire des Etats-Unis qui se joue. Car si le casse-tête du nucléaire iranien devait être résolu par la diplomatie, ce serait un événement d’une portée considérable. Son administration s’est investie corps et âme dans les négociations. L’infatigable John Kerry n’a jamais autant discuté avec un homologue étranger qu’avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Auditionné en mars par le Congrès, le secrétaire d’Etat avait dénoncé avec virulence la lettre de 47 sénateurs républicains adressée aux autorités iraniennes pour saper l’autorité de la Maison-Blanche.

Le président américain était informé presque minute par minute de l’évolution des négociations à Lausanne. De la main tendue à Téhéran en 2009 à l’occasion de Norouz, le Nouvel An perse, aux sanctions économiques très dures qu’il a recommandées en 2010, en passant par la reprise des négociations secrètes par le biais du numéro deux du Département d’Etat, Williams Burns, Barack Obama a investi beaucoup de capital politique dans un dossier explosif et à haut risque. Il n’a pas dévié de son objectif qui s’appuie sur une conviction qu’il avait exposée lors de son discours d’acceptation du Prix Nobel de la paix en 2009. Il y a des guerres justes, reconnaissait-il, mais il y a surtout une arme redoutable, la diplomatie, plus à même de produire des effets positifs durables.

L’accord-cadre se limite au dossier nucléaire iranien. Mais, par effet de domino, il pourrait redistribuer à terme les cartes du Moyen-Orient et faire de Téhéran un acteur plus responsable. On est toutefois encore loin d’un processus de normalisation des relations américano-iraniennes, rompues depuis le 7 avril 1980. Symboliquement, le succès (provisoire) de Barack Obama émet un signal fort aux Etats-Unis, où les néo-conservateurs et les faucons de tous poils reviennent bruyamment sur le devant de la scène, face aux multiples défis sécuritaires que représentent le Moyen-Orient, le djihadisme international, voire l’Ukraine.

Une résolution pacifique de l’une des crises internationales les plus complexes ferait entrer Barack Obama dans le gotha des quelques présidents auxquels on associe un événement diplomatique majeur: Nixon et l’ouverture à la Chine, Reagan et les négociations sur les armes nucléaires avec l’URSS, ou Jimmy Carter et les Accords de Camp David. Jamais dans l’ère de l’atome, une initiative visant à empêcher la prolifération nucléaire n’était allée aussi loin, faisant écho au discours du président démocrate à Prague en 2009.

L’accord de Lausanne donne à Barack Obama une nouvelle autorité qu’il est appelé toutefois à affirmer devant le Congrès. Plus que jamais, le président américain devra se battre pour ramener les républicains du Capitole à la raison et au sens des réalités. Pour les républicains, qui ont fait de leur soutien inconditionnel à Israël une pierre angulaire de leur politique étrangère, torpiller l’accord pourrait avoir des conséquences désastreuses tant pour leur crédibilité au sein de l’opinion américaine qu’au plan de la sécurité internationale.

L’accord de Lausanne reflète la conviction d’Obama: la diplomatie est toujours préférable à la guerre