Russie

Pollution radioactive: Moscou scrute le ciel

Les autorités russes préfèrent croire qu’un mystérieux satellite est responsable du nuage radioactif qui a survolé la Russie et l’Europe en septembre

Le nuage radioactif qui a recouvert l’Europe en septembre… venait du cosmos. C’est la suggestion faite vendredi à Moscou par la commission interministérielle composée de chercheurs russes enquêtant sur l’incident. Selon elle, la forte concentration de ruthénium 106 détectée dans l’atmosphère en Russie et en Europe a pu résulter de la chute d’un satellite, dont la combustion dans le ciel au-dessus du sud de l’Oural aurait libéré l’isotope radioactif.

L’agence d’Etat Rosatom dédouanée

Le rapport de la commission note que quelques jours après l’émanation de ruthénium 106 dans l’Oural, la concentration la plus forte de l’isotope a été détectée en Roumanie. «Etant donné que ces territoires sont distants de plus de 2500 km, les faits suggèrent la présence d’une autre source d’émanations», concluent les experts russes. L’hypothèse avancée par de nombreux commentateurs selon laquelle la source de la pollution viendrait du centre de retraitement de combustible Maïak est formellement écartée par la commission, qui s’appuie sur le fait qu’aucun des 250 employés du centre de retraitement n’a été contaminé par du ruthénium 106.

Ces conclusions ont l’avantage de dédouaner de toute responsabilité Rosatom, l’agence fédérale russe recouvrant l’ensemble de l’industrie nucléaire russe, dont Maïak. Mais peut-on faire confiance à une commission composée essentiellement d’employés de Rosatom et de scientifiques travaillant pour l’Etat?

Enquête indépendante exigée par Greenpeace Russie

Greenpeace Russie, qui surveille depuis plusieurs décennies les dégâts environnementaux autour du centre de retraitement Maïak, exige également une enquête indépendante. L’ONG note la similarité entre cet incident et des rejets accidentels détectés par le passé à l’usine de retraitement de La Hague, en France. «La commission formée par Rosatom a une fois de plus déclaré aujourd’hui que l’Agence d’Etat était étrangère à l’émanation de ruthénium 106. L’hypothèse d’une chute de satellite a été avancée pour expliquer la source de l’émanation, bien qu’un tel incident n’ait pas pu se produire sans être remarqué», a indiqué Greenpeace.

L’agence spatiale russe se refuse à tout commentaire

L’agence spatiale russe Roscosmos refusait vendredi de commenter la version d’une chute de satellite, préférant «attendre les conclusions finales de la commission». Cette hypothèse avait été avancée dès la détection du nuage radioactif par les Européens début octobre. Mais avait été écartée après qu’une enquête de l’Agence internationale de l’énergie atomique eut déterminé qu’aucun satellite contenant du ruthénium n’était retombé sur terre durant cette période.

Le député russe Maxime Chingarkine a saisi l’occasion pour affirmer qu’un satellite espion américain était responsable de «la pollution qui a arrosé la Russie et l’Europe». Sur les réseaux sociaux russes circule aussi l’hypothèse que les accusations de pollution nucléaire venant d’Occident «tombent à point nommé» pour nuire à la campagne présidentielle de Vladimir Poutine.
L’attitude de déni des autorités russes dans cette affaire a pourtant réveillé de vieux soupçons de rétention d’informations.

La présence du nuage de ruthénium 106 en Russie a été niée jusqu’à ce que le service météorologique russe reconnaisse fin novembre qu’une concentration près de mille fois supérieure à la normale avait été constatée, comme par hasard, à proximité du centre de retraitement Maïak. Or, Maïak est surtout connu pour avoir été, en 1957, le site du troisième plus grave accident de l’histoire du nucléaire civil. La catastrophe, qui a fait 266 morts, avait été tenue secrète jusqu’en 1991.

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