Les images diffusées en boucle à la télévision russe, quelques minutes après le crash de l’avion présidentiel polonais, laissaient peu de doutes sur le sort des passagers. De multiples débris jonchaient le sol de la forêt dans laquelle l’avion s’est écrasé, à quelques centaines de mètres de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Smolensk.

Les autorités polonaises ont confirmé la mort du président polonais Lech Kaczynski et de sa femme ; les enquêteurs russes, rapidement dépêchés sur place, ont annoncé en début d’après-midi la mort des 96 personnes à bord.

Parmi elles, outre le président polonais, le gouverneur de la banque centrale polonaise, le chef d’Etat-major et une kyrielle d’officiels, de personnalités du monde religieux et culturel étaient à bord de l’avion. L’armée polonaise a été particulièrement touchée: plusieurs hauts dirigeants de la défense polonaise figuraient parmi les passagers.

Les dignitaires se rendaient à une cérémonie d’hommage aux victimes du massacre de Katyn, perpétré en 1940 par les forces russes contre des dizaines de milliers de Polonais. Sur les lieux de la cérémonie, les personnes déjà sur place ont été parmi les premières à confirmer la présence à bord du vol du président polonais et de représentants du gouvernement de Varsovie.

Les enquêteurs russes devront maintenant identifier la cause de la tragédie. Selon les premières informations, la tour de contrôle de l’aéroport de Smolensk aurait proposé au pilote de dévier sa trajectoire vers Moscou ou Minsk, en Biélorussie, en raison du mauvais temps et de l’épais brouillard sur Smolensk samedi matin.

Le pilote de l’avion a néanmoins maintenu son plan de vol et a tenté à trois reprises d’effectuer son atterrissage, sans succès. A la quatrième tentative, l’avion a percuté la cime des arbres d’une petite forêt adjacente avant de se disloquer au sol.

A une distance d’un kilomètre et demi, les aiguilleurs du ciel ont découvert que l’équipage augmentait sa vitesse de descente et commençait à réduire son altitude de façon plus importante que l’angle d’approche», a expliqué Alexandre Aliochine, le commandant-adjoint des forces aériennes, dans des propos retransmis par la télévision russe.

«L’aiguilleur du ciel a ordonné à l’avion de voler de façon horizontale, et quand l’équipage n’a pas obéi, il a ordonné plusieurs fois au commandant d’aller sur un autre aéroport. En dépit de cela, les pilotes ont continué à descendre. Malheureusement, cela s’est terminé de façon tragique», a-t-il poursuivi.

Les deux boîtes noires de l’appareil qui devraient permettre d’éclaircir les causes de la catastrophe ont été retrouvées; les autorités russes ont demandé aux inspecteurs polonais de participer à l’enquête. L’appareil, un Tupolev 154 de fabrication soviétique, était au service du gouvernement polonais depuis plus de vingt ans.

Dès l’annonce de la catastrophe, la Pologne a décrété un deuil national d’une semaine dans le pays. L’Etat polonais et son armée, décapités, ont été précipités dans une grave crise. Mais aucun vide institutionnel n’est à craindre. «La fleur de la vie politique, sociale, culturelle est morte» dans l’accident de l’avion présidentiel, a déclaré samedi l’archevêque de Varsovie Kazimierz Nycz. «Face à cette tragédie, nous devons rester unis», a-t-il dit.

En vertu de la constitution, c’est le président de la Diète (parlement), Bronislaw Komorowski, qui exercera les fonctions qui incombent à un chef dl’Etat. Il dispose d’un délai de quatorze jours pour fixer la date de l’élection anticipée «en choisissant un jour férié dans les 60 jours à compter de la date de l’annonce du scrutin».

L’élection présidentielle était prévu en Pologne en octobre ; sans avoir fait officiellement acte de candidature, Lech Kaczynski était néanmoins le candidat supposé du parti conservateur Droit et Justice.

L’ensemble de la communauté internationale a réagi avec émotion à la mort accidentelle du dirigeant polonais. En premier lieu, le président russe Dmitri Medvedev et le premier ministre Vladimir Poutine ont offert leurs condoléances au peuple polonais, tout en promettant la tenue d’une enquête « rapide et approfondie ».

Le dirigeant russe a discuté au téléphone avec le nouveau président polonais par intérim et a appelé les deux peuples, russe et polonais, à «surmonter cette épreuve ensemble». En Europe, Gordon Brown, le premier ministre britannique, s’est dit «choqué» par la disparition de Lech Kaczynski ; Nicolas Sarkozy, lui, a exprimé «une tristesse profonde».