Union européenne

La Pologne nationaliste et eurosceptique est placée sous surveillance

Le nouveau pouvoir à Varsovie est entré dans une logique de confrontation à l’égard de ses détracteurs et des institutions du pays, mais aussi de Bruxelles

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens se réunissent ces jeudi et vendredi pour un nouveau sommet à Bruxelles. Les regards seront braqués sur la cheffe du gouvernement polonais Beata Szydlo qui entend jouer au trouble-fête. En réalité, le nouveau pouvoir conservateur, nationaliste et eurosceptique issu des législatives de 25 novembre dernier s’est engagé dans une logique de confrontation ouverte avec Bruxelles. Mais même au niveau national, il multiplie les provocations à l’égard non seulement de ses opposants, mais aussi des institutions. A tel point que l’ancien président Lech Walesa a appelé à une mobilisation pour demander la dissolution du parlement par le biais d’un référendum. «Il y a un risque de guerre civile», a-t-il prévenu lors d’une émission de télévision lundi soir. Ces derniers jours, des manifestations et contre-manifestations se sont multipliées à Varsovie.

Les faits et gestes du gouvernement polonais n’échappent pas à la Commission européenne dont l’une des tâches est de veiller au respect de l’état de droit dans les Etats membres. «Nous avons la Pologne à l’œil, a déclaré en substance mardi un porte-parole. Il appartient au vice-président Franz Timmermans de prendre des actions s’il juge le pays a dépassé les bornes.» Pour le social-démocrate Boguslaw Liberadzki, eurodéputé polonais, son pays ressemble beaucoup à la Hongrie où le gouvernement du premier ministre Viktor Orban a modifié la Constitution pour imposer des proches du pouvoir à des fonctions importantes au sein de la justice. «Chez nous, le régime veut aussi faire la mainmise sur le Tribunal constitutionnel, dit-il. C’est clairement une violation de la démocratie.»

Boguslaw Liberadzki qui a occupé des fonctions ministérielles sous la présidence Walesa, estime normal que tout nouveau gouvernement impose son programme et son mode de fonctionnement. «Il faut toutefois être attentif à la façon dont il procède au changement, dit-il. Je constate que le nôtre est d’emblée agressif et qu’il n’est pas ouvert au dialogue.» En effet, ces derniers jours Jaroslaw Kaczynski, chef historique du parti conservateur Droit et Justice, mais qui n’occupe pas de fonctions officielles, a plutôt cherché à discréditer le Tribunal constitutionnel, l’accusant de couvrir des gigantesques abus commis par le précédent gouvernement. Dimanche dernier, des religieux proches du pouvoir ont manifesté devant le quotidien Gazeta Wyborcza, l’accusant de l’anticléricalisme.

Interrogé par une radio allemande sur la tournure des événements en Pologne, le président du parlement européen Martin Schulz a parlé de «coup». Sommé de s’excuser par la première ministre Beata Szydlo, il a persisté en disant qu’il était «très surprenant de la part du gouvernement de prendre des mesures contre la plus haute instance juridique d’une telle manière».

Des étincelles sont d’ores et déjà prévues sur les relations bilatérales entre la Pologne et l’UE. La première provocation, symbolique mais qui en dit long, a eu lieu mi-novembre. A peine assermenté, le gouvernement eurosceptique a fait enlever le drapeau bleu à douze étoiles dorées de ses salles de réunions et de la presse. La première ministre a minimisé la décision, ajoutant simplement que désormais «les réunions se feront sur fond des plus beaux drapeaux, les drapeaux blanc-rouge polonais».

Sur le fond, le gouvernement polonais ne cache pas son désaccord sur de nombreux dossiers inscrits à l’agenda du Sommet européen de cette d’année 2015. Varsovie est opposé à la création de l’Agence européenne de gardes-côtes et de gardes-frontières qui remplacerait Frontex, chargé de la surveillance des frontières extérieures de l’espace Schengen. Il a aussi renié l’engagement pris par le précédent gouvernement qui avait accepté de participer au programme de relocalisation des réfugiés se trouvant déjà dans en Italie ou en Grèce.

Enfin, la Pologne fait front commun avec neuf autres pays d’Europe de l’Est contre le projet russe de gazoduc Nord Stream 2 qui vise à alimenter l’Europe en gaz, mais en contournant l’Ukraine. Le président polonais Andrzej Duda a encore dénoncé dimanche dernier le «caractère politique» du projet qui compte les participations des groupes allemands BASF et E.ON, du français Engie, de l’autrichien OMV et l’anglo-néerlandais Shell. Varsovie a exprès demandé d’inscrire le sujet à l’agenda du Sommet dans le seul but de lui opposer son veto.

Dans une autre initiative, la Pologne s’oppose à tout réchauffement des relations bilatérales entre l’UE et la Russie. A présent, cette dernière fait l’objet des sanctions imposées par les Vingt-Huit et dont la levée est liée à la mise en œuvre de l’accord de Minsk qui concerne l’Ukraine. Une décision est attendue vendredi sur leur prolongation pour une nouvelle période de six mois. Or, plusieurs pays seraient favorables à un fléchissement, surtout dans le contexte de la participation russe à l’alliance qui mène la guerre contre l’Etat islamique en Syrie. Pour Varsovie, cette raison n’est pas valable.

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