«Je rêvais, enfant, d’être élu député à la diète polonaise. Présider aujourd’hui le parlement européen n’était même pas un rêve possible. C’est dire le chemin accompli et les changements qu’a connus l’Europe!».

C’est en évoquant l’héritage politique de «Solidarité», le syndicat libre polonais, et en rappelant les luttes démocratiques d’avant la chute du mur de Berlin que l’ancien premier ministre polonais Jerzy Buzek a accueilli, mardi à Strasbourg, son élection à la tête de l’europarlement pour la moitié de la législature, soit deux ans et demi.

L’élection de M. Buzek – dont la seule adversaire déclarée, la Suédoise Eva Svensson, n’a recueilli que 89 voix – n’est pas une surprise. Elu au parlement européen depuis l’entrée de la Pologne dans l’UE, en 2004, ce conservateur était assuré d’obtenir la majorité après l’accord conclu, lors des distributions de présidences de commission, entre les conservateurs du Parti populaire européen, les socialistes du Parti socialiste européen, et les libéraux de l’ALDE.

Son parcours, en revanche, en dit long sur l’évolution de l’assemblée de Strasbourg. Poste certes assez symbolique, mains néanmoins au cœur de la machine communautaire, la présidence du parlement européen est l’une des deux têtes officielles permanentes de l’Union, avec le poste de président de la Commission européenne actuellement détenu par José-Manuel Barroso. Le fait de l’accorder à l’un des principaux pays d’Europe centrale témoigne donc du souci d’une répartition géographique plus équitable des responsabilités politiques dans l’Union. «Il n’y a plus d’Europe de l’est. C’est cela, le message d’aujourd’hui» s’est aussitôt réjoui le président du groupe conservateur, le Français Joseph Daul, tandis que le patron du groupe socialiste Martin Schultz a parlé lui de «moment historique». «Vingt ans après la chute du mur, votre victoire est celle de l’Europe réunifiée» a ponctué pour sa part José-Manuel Barroso.

La question maintenant est de savoir quelle marque Jerzy Buzek va chercher à imprimer sur une UE en pleine évolution institutionnelle. Connu pour son sens du compromis, cet ancien premier ministre qui gouverna la Pologne pendant un mandat plein de quatre ans et démarra les négociations d’adhésion à l’UE, a néanmoins connu une carrière politique en forme de montagnes russes. Professeur d’ingénierie chimique, cet universitaire originaire de la province minière de Silésie fut, en 2001, laminé aux élections législatives polonaises, n’obtenant aucun siège de député pour sa formation à l’issue de son passage à la tête du pays. Mais sa deuxième élection au parlement européen, le 7 juin dernier, a confirmé sa stature et sa popularité: il fut en effet l’un des candidats à obtenir le plus de voix de «préférence».

Son premier défi sera d’ailleurs institutionnel. Dans ses quelques mots d’introduction, prononcés sitôt après son élection, M. Buzek s’est vigoureusement prononcé en faveur du Traité de Lisbonne, dont l’entrée en vigueur dépendra du second référendum irlandais, prévu le 2 octobre. «Nous avons besoin de ce texte» a-t-il redit d’emblée, en sachant que la réforme consécutive de l’UE dotera notamment le parlement européen de pouvoirs de codécision élargis. Le nouveau président de l’europarlement avait, par avance, promis de se rendre dans l’île à la rentrée pour mobiliser les électeurs à la veille du prochain scrutin.

La question de la lutte contre le réchauffement climatique sera aussi au cœur de ses préoccupations, a promis M. Buzek, alors que les négociations entre les Vingt-Sept s’annoncent difficiles cet automne. Mais que prédire, derrière les promesses? «Il y a évidemment eu un marchandage, commente un expert. Donner à un des nouveaux pays membre ce poste prestigieux, mais politiquement assez inoffensif, est aussi un moyen de les écarter des postes de commissaires européens importants qui seront distribués en octobre». Ouvertement désireuse d’obtenir plus d’influence dans l’UE, la Pologne envisageait un temps de soutenir la candidature de son ancien président Alexander Kwasniewski au futur poste de président du Conseil européen, qui sera élu pour deux ans et demi si le Traité de Lisbonne entre en vigueur. Un scénario qui n’est désormais plus d’actualité.