Le cap de six milliards d'habitants sur la planète sera symboliquement atteint le 12 octobre. Effrayant? Explosif? La question ne se pose plus en ces termes. Pour la Pakistanaise Nafis Sadik, patronne du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), il faut plutôt se demander si chaque nouveau-né aura accès à la santé, à l'éducation, au travail et à une retraite bien préparée. «La démographie n'est pas une histoire de chiffres mais de capacité de la planète à subvenir aux besoins de tous ses habitants», a-t-elle déclaré lundi à La Haye, à l'ouverture du forum consacré à l'évolution démographique mondiale. Cette manifestation précède la session spéciale de l'ONU prévue pour juin, qui fera un bilan de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire. Il y est aussi question de voir si la communauté internationale a respecté ses engagements pris dans la capitale égyptienne: 179 pays avaient alors signé les résolutions.

D'emblée, le FNUAP note que le taux de natalité est en baisse, notamment dans le tiers monde où il est passé de 3,5 enfants par femme contre six en 1965. L'utilisation de la contraception est mieux acceptée malgré les campagnes des conservateurs catholiques et musulmans. De nombreux pays ont libéralisé la loi sur l'avortement et ont légiféré pour protéger les femmes contre la violence. Une dizaine de pays africains ont banni l'excision. Surtout, la mortalité infantile baisse partout. Parallèlement, l'espérance de vie est passée de 64 ans entre 1990 et 1995 à 66 ans entre 1995 et 1998. Le progrès le plus significatif a eu lieu dans les pays pauvres.

Cinq naissances et deux décès par seconde

N'empêche que la population mondiale croît de 95 millions chaque année. A ce rythme, cinq naissances et deux décès par seconde, elle atteindra 6,2 milliards en 2000 et 10 milliards en 2050. La première conférence mondiale sur la population à Bucarest en 1974 avait été un échec. Les pays riches parlaient alors de bombe démographique alors que les pays du Sud, pour beaucoup indépendants depuis peu, défendaient la souveraineté nationale. Dix ans et deux chocs pétroliers après, à Mexico, les dirigeants du monde ont changé de langage. Le Sud était étranglé par la dette. L'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine avaient alors besoin de liquidités et acceptaient de prendre quelques mesures.

Le Caire fut un tournant. Le tiers monde y a avoué son fardeau démographique. Quant aux pays industrialisés, ils ont édulcoré les thèses malthusiennes selon lesquelles des catastrophes rétabliraient un certain équilibre sur le nombre d'hommes sur Terre. Les chefs d'Etat ont davantage parlé de développement durable axé sur la maîtrise de la croissance démographique en lien avec l'environnement et les ressources humaines. Ainsi, les débats ont tourné autour des moyens à mettre à disposition des millions de femmes n'ayant pas accès à la contraception. Les signataires avaient alors prévu de consacrer 17 milliards de dollars par an à la politique démographique (planning familial, santé maternelle, éducation) d'ici à l'an 2000, et 21 milliards entre 2000 et 2015. Les deux tiers de ces sommes devaient être fournis par les pays en développement, et un tiers par les pays riches.

Cinq ans plus tard, le bilan est peu glorieux. Seuls 10 milliards ont été réunis par an, versés par les pays pauvres à raison des quatre cinquièmes. Les riches n'ont pas tenu leurs promesses. Dans un rapport publié pour le forum de La Haye, le FNUAP fait ressortir que les Etats-Unis et le Japon devraient encore débourser 2,4 milliards de dollars.