Le Mouvement 5 étoiles (M5S) exulte au lendemain d’élections historiques. Le parti anti-système de l’humoriste Beppe Grillo a remporté les mairies de Rome et de Turin lors des municipales partielles de dimanche. Neuf millions de personnes ont été appelées aux urnes pour ce second tour dans 126 communes.

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«Les femmes M5S triomphent», a titré lundi la presse transalpine. Virginia Raggi, 37 ans, devient la première femme maire de la capitale italienne. Elle a obtenu 67,15% des suffrages face à Roberto Giachetti, le candidat du Parti démocrate (PD, centre gauche) du président du Conseil, Matteo Renzi. A Turin, quatrième ville du pays, Chiara Appendino, 31 ans, a créé la surprise en battant le maire sortant et éléphant du PD Piero Fassino avec 54,56% des voix.

L’honnêteté plébiscitée malgré l’inexpérience

Le PD constate amèrement sa défaite, «nette et absolue». Les démocrates doivent se contenter de Milan, où Giuseppe Sala, l’ancien commissaire de l’Expo 2015 choisi par le premier ministre, devient maire sur le fil avec 51,7% de voix récoltées. Ils remportent aussi Bologne. Pour réagir au plus vite, le premier parti d’Italie a anticipé sa direction nationale à vendredi.

Deux scénarios identiques se sont déroulés dimanche soir à Rome et à Turin. Des militants en liesse ont scandé la parole «honnêteté», promesse de campagne des deux candidates élues, et ont brandi des drapeaux grimés des cinq étoiles symbolisant le mouvement. Les deux nouvelles maires se sont ensuite présentées devant leurs soutiens et devant la presse. Toutes deux ont souligné le moment «historique» dont elles sont les principales protagonistes et ont promis d’être «prêtes à gouverner» et d’être le «maire de tous». Munies d’un discours qu’elles ont lu, elles ont marqué par leur sobriété, contrastant avec des campagnes électorales plus animées.

Les Italiens ne choisissent plus le symbole, ce qu’il représente, mais les candidats eux-mêmes, confirmant la transversalité nationale

Le mouvement étoilé était au second tour dans un total de 20 villes. Il en a remporté 19. «Il ne s’agit plus d’un vote de protestation, a exulté le député et principale figure du parti, Luigi Di Maio. Nous sommes maintenant prêts à gouverner.» L’élection des candidats M5S a été possible grâce au report des voix de la droite. Matteo Salvini notamment, secrétaire de la Ligue du Nord, parti d’extrême droite, avait fait connaître sa préférence pour les candidats «grillini», du nom du fondateur du mouvement.

«Ces élections peuvent être vues comme un vote anti-PD et anti-Matteo Renzi, commente Maria Elisabetta Lanzone, politologue des Universités de Gênes et de Nice et spécialiste du Mouvement 5 étoiles. Mais les Italiens leur reconnaissent aussi désormais une capacité à gouverner. Ils ne choisissent plus le symbole, ce qu’il représente, mais les candidats eux-mêmes, confirmant la transversalité nationale» du M5S.

Des femmes plus modérées que le fondateur du M5S

Virginia Raggi s’apprête à administrer une Ville éternelle plombée par une dette de 12 milliards d’euros qu’elle compte renégocier, meurtrie par le scandale Mafia Capitale, dans lequel s’entremêlent les intérêts du crime organisé, de la politique et du monde des affaires, et malmenée par une mauvaise gestion des transports publics et de la récolte des déchets.

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Chiara Appendino reprend les rênes d’une ville dirigée par la gauche depuis plus de deux décennies. «Il s’agit ici d’une victoire personnelle, analyse Maria Elisabetta Lanzone. A Turin, le M5S est bien enraciné et sa candidate est plus crédible qu’à Rome», où la nouvelle élue a eu l’avantage de profiter d’une ville profondément en crise. Beppe Grillo a pourtant choisi la capitale pour célébrer la victoire de son parti.

Les figures des deux jeunes femmes tranchent avec le caractère agité et bouillonnant du fondateur. La politologue observe une nouvelle tendance de «modération» au sein du M5S.

L’humoriste l’a permis en se mettant en retrait, laissant émerger une jeune classe dirigeante. Les membres du mouvement «doivent aujourd’hui trouver l’équilibre», explique Maria Elisabetta Lanzone: «dénoncer», ce qui a fait leur succès, «mais aussi rassurer», car ils ne sont plus seulement dans l’opposition. Les deux nouvelles élues représentent cette nouvelle direction tout en étant l’expression du mouvement de la première heure. Leur candidature avait été approuvée par Gianroberto Casaleggio, le gourou du M5S disparu en avril dernier.

Le programme de transparence et de légalité des deux élues sera mis à l’épreuve ces cinq prochaines années. Leur prestation locale aura une résonance nationale pour le Mouvement 5 étoiles si ce dernier décide de viser le gouvernement lors des prochaines élections législatives de 2018.