Dans la presse internationale et les infinis méandres de la Toile, il n’y a pas assez de mots, pas assez de métaphores pour décrire le drame d’Haïti. Cette «terre maudite» qui ne méritait pas encore cela.

L’enfer, le martyre, l’horreur, l’effroi, la dévastation, le chaos, la désolation. Ou, à la Une, magnifique, sobre, du Courrier genevois: la «tragédie sans fin» affectant ce que La Liberté fribourgeoise appelle une «terre maudite», assez joliment caricaturée par Herrmann dans la Tribune de Genève. La presse neuchâteloise (L’Express/L’Impartial) voit, elle, «un pays qui accumule les drames» depuis «le règne dramatique des Duvalier père et fils». «Cyclones, émeutes de la faim… un pays qui vit au rythme des crises», confirme Le Monde. «Atmosphère de fin du monde», renchérit Le Parisien suite à ce tremblement de terre qui a détruit de nombreux bâtiments dont le Palais du président haïtien, René Préval, qui s’exprime notamment sur une vidéo de la chaîne CCN.

Il n’y a pas assez de vocables, pas assez d’images pour décrire les effets du séisme qui vient de toucher Haïti dans sa chair. «Cette terre tueuse», selon La Vanguardia de Barcelone. Ou «Port-au-Prince, Ground Zero», selon la formule du Devoir de Montréal, qui utilise ce terme anglais signifiant l’endroit précis sur un sol où a lieu n’importe quelle explosion. Ne serait-ce que dans le New York Times, au sein de l’énorme masse d’articles consacrés au désastre – près de 1000 dans la seule presse russeCourrier international en a sélectionné et traduit un d’El Nuevo Herald, qui est une référence pour la communauté latino-américaine de Miami et le deuxième titre hispanophone le plus lu aux Etats-Unis. Cité par ce journal, Karel Zelenka, représentant des Services d’aide catholiques à Port-au-Prince, a eu juste le temps d’affirmer, avant que le téléphone ne soit coupé, «que la capitale était «enveloppée dans d’immenses nuages de poussière et que le chaos était total», ce que montrent aussi les premières images des dégâts, filmées par BBC Mundo.

«Haïti plonge à nouveau dans le désespoir», écrit le magazine Time. «Juste quand Haïti commençait à espérer», dit aussi l’éditorial de la Tribune de Genève, qui adopte un ton oscillant entre émotion et critique: «La misère. La guerre. Les catastrophes naturelles. Haïti croyait déjà avoir tout vu. Tout souffert. Mais non, ce n’était pas fini. […] Mais pourquoi le sort s’acharne-t-il ainsi sur ce petit pays […]? Qu’ont-ils fait, les Haïtiens, pour mériter cela? Rien, c’est une évidence. On n’en dira pas tant des gouvernements successifs. Ils ne se sont pas franchement illustrés par leur capacité à limiter les effets désastreux des assauts de la nature qui frappe régulièrement l’Amérique centrale.»

«Pas de nourriture, ni eau, ni téléphone, plus rien du tout», titre El País: «En raison des dégâts causés par le séisme sur les installations des chaînes de télévision et des radios, Internet a été le média privilégié pour la transmission des informations», relève Libération, qui énumère toute une série de sources, comme Pedre Carel, animateur radio à Port-au-Prince, sur Twitter. Le confirment aussi un article du Corriere della sera ou, plus directement, deux sites «en temps réel» de l’île: www.haiti.ushahidi.com , ainsi que Ustream.tv.

Courrier international signale aussi que malgré les difficultés sur place, l’hebdomadaire de sensibilité de gauche et altermondialiste Haïti Liberté, publié à New York mais travaillant avec ses correspondants sur l’île, a réussi à boucler une édition spéciale consacrée au séisme, intitulée «Haïti sous les décombres»: «L’horreur et l’étendue de la destruction sismique sont insupportables, révoltantes même. Le peuple haïtien, qui a tant souffert ces six dernières années de l’inconscience et de la cupidité de ses dirigeants, ne méritait pas un tel cataclysme. Il nous faudra énormément de courage et de volonté pour surmonter cette cruelle adversité […]. Nous n’avons que nos mains nues et notre dignité de peuple pour reconstruire un pays physiquement détruit», lit-on dans l’éditorial de ce journal, dont le site internet ne présente que la Une de la semaine et n’est pas en accès libre. En revanche, il offre un lien vers un site d’analyses en anglais sur l’actualité d’Haïti et de l’Amérique latine, Haitianalysis.com, mais qui fonctionnait très mal ce jeudi (surcharge?).

Alors que le magazine spécialisé L’Echo touristique tente, lui de rassurer ses «clients» potentiels en affirmant que le séisme a épargné la très courue République dominicaine, l’indécrottablement chauvine TF1 cite une sismo-technicienne disant qu’«un tel séisme pourrait toucher la Martinique et la Guadeloupe». En attendant, à Port-au-Prince, «les gens appelaient Jésus à l’aide», écrit Die Welt. Ils criaient «Bon Dieu! Bon Dieu!» titre la Süddeutsche Zeitung. Ils «erraient dans les rues main dans la main. Des milliers de personnes étaient rassemblées sur les places publiques bien après la nuit tombée, en chantant des cantiques», indique un blog du New Yorker. Puissent-ils être efficaces…