La police de Londres a nommé lundi 5 juin deux des trois terroristes de l’attentat de London Bridge, qui a fait sept morts samedi soir: Khuram Shazad Butt, 27 ans, et Rachid Redouane, 30 ans. Le nom du troisième, bien que connu par la police, n’a pas été révélé.

Consulter aussi:

Le premier a retenu toute l’attention. La police et MI5, le renseignement intérieur britannique, ont dû l’avouer: ils connaissaient déjà le jeune Britannique. En 2015, ils avaient ouvert une enquête sur lui. «Néanmoins, il n’y avait rien suggérant qu’il préparait cette attaque», explique aujourd’hui la police de Londres. Sa surveillance n’avait donc pas été jugée prioritaire.

Un extrémiste repéré dans son quartier

Né au Pakistan le 20 avril 1990, mais ayant grandi à Londres, le portrait qui émerge de Khuram Butt est celui d’un extrémiste qui évoluait depuis des années dans la mouvance d’al-Muhajiroun, un groupe désormais interdit d’agitateurs extrémistes, ancré dans l’est de Londres. Dans sa barre d’immeuble à Barking, en grande banlieue est de Londres, il était connu pour parler de religion aux jeunes adolescents du quartier. «Je ne prenais pas ça au sérieux, parce que c’était un type très sympa, qui plaisantait tout le temps, témoigne au Temps Michael Mimbo, qui habite dans un appartement proche. Entre nous, on parlait de football, parce qu’on était tous les deux des supporters d’Arsenal. Mais il y a des voisins qui se plaignaient, qui n’aimaient pas la façon dont il partageait ses points de vue extrémistes avec les jeunes.»

Erica Gasparri, une mère au foyer, confirme. Dans un témoignage au Daily Telegraph, cette mère au foyer affirme être sortie de ses gonds quand son fils est rentré un jour chez elle en demandant: «Maman, je veux devenir musulman.» Elle est allée au parc pour s’expliquer avec Khuram Butt. «Ma première impression était qu’il était là pour radicaliser et faire des terroristes. Il m’a dit qu’il était prêt à tout faire pour Allah, prêt à tuer sa mère.» Selon elle, le Britannique et quelques-uns de ses amis distribuaient bonbons et chocolats, attendant les jeunes adolescents pour venir leur parler. Erica Gasparri a alors contacté la police pour dénoncer Khuram Butt.

Père de deux jeunes enfants, dont un nouveau-né, travaillant dans un centre sportif musulman, le futur terroriste est aussi apparu brièvement dans un documentaire de Channel 4 consacré aux djihadistes britanniques. Des images le montrent prenant part en 2015 à une prière collective à Regent’s Park, au centre de Londres, devant l’étendard islamique noir, qui sert aujourd’hui de drapeau à l’Etat islamique.

Arborant une barbe noire et une tunique pakistanaise traditionnelle, Khuram Butt aide à installer le drapeau et est filmé priant en public avec sept autres personnes. Peu après, alors que le groupe quitte le parc, deux policiers les interpellent. S’ensuit un échange tendu, et une fouille: mais la police ne trouve pas le drapeau, probablement caché ailleurs, et relâche le groupe au bout d’une heure.

Cette prière publique était organisée par des membres d’al-Muhajiroun. Le groupuscule a été formellement interdit un mois après les attentats du métro de Londres en 2005. Mais son leader, le prédicateur Anjem Choudary, était resté très actif. Pas besoin pour lui de diriger une organisation officielle: il avait continué à entretenir des liens informels avec quelques dizaines de sympathisants, multipliant les provocations à la limite de la légalité. Il a finalement été condamné en 2016 à cinq ans de prison pour avoir fait l’apologie de l’Etat islamique.

Khuram Butt s’était aussi fait remarquer dès mai 2013. Deux islamistes venaient d’égorger le militaire britannique Lee Rigby, et des associations musulmanes manifestaient devant le parlement pour exprimer leur désapprobation. Accompagné d’Anjem Choudary et de quelques amis, Khuram Butt est venu sur place, multipliant les provocations. «Il m’a traité de’murtad’, ce qui signifie traitre en arabe, et il m’a accusé de travailler pour le gouvernement», se rappelle Mohammed Shafiq, le fondateur de la Ramadhan Foundation, une association de jeunes musulmans basée à Manchester, présent ce jour-là.

La police embarrassée

Le fait que Khuram Butt ait été connu des services de renseignement a provoqué l’embarras de la police. Celle-ci se justifie en soulignant l’ampleur de la tâche: 500 enquêtes antiterroristes sont en cours, et 3000 personnes sont considérées comme des «sujets d’intérêt». «Plus nous enquêtons, plus il est probable qu’il se produise un attentat pour lequel nous aurons déjà des informations sur au moins l’un des auteurs», explique la police de Londres dans un communiqué.

Le profil de l’autre terroriste, Rachid Redouane, est beaucoup plus flou. Né le 31 juillet 1986, également connu sous le nom de Rachid Elkhdar, il affirmait être de nationalité parfois marocaine, parfois libyenne. Il travaillait comme pâtissier, et habitait jusqu’à récemment en Irlande, mais n’y était pas connu des services de renseignements, selon Enda Kenny, le premier ministre irlandais. Les autorités britanniques ne le connaissaient pas non plus. Il était le père d’une petite fille de 18 mois, mais était séparé de sa femme.