Avec de tels alliés, qui a besoin d'ennemis? Angela Merkel, la candidate de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) pour les élections législatives anticipées du 18 septembre, doit se mordre les doigts d'avoir choisi comme bras droit Edmund Stoiber. Le chef de l'Union chrétienne-sociale bavaroise (CSU) n'est pas connu pour avoir la langue dans sa poche, et la modestie ne l'a jamais étouffé. Mais ses «confidences», faites mi-août, à un groupe de journalistes ont provoqué une véritable tornade politique dans tout le pays. Le ministre-président de Bavière, qui dirige cette région d'une main de fer depuis 1993, a affirmé ne pas «accepter» que «l'Est décide à nouveau qui sera chancelier. Il ne faut pas que les frustrés décident du sort de l'Allemagne.»

Cette allusion a dû réjouir Angela Merkel, elle-même originaire de l'ex-RDA. «L'écart de langage» du leader bavarois n'est toutefois pas vraiment surprenant. Ce conservateur dans l'âme a gardé une dent contre les Ossies (Allemands de l'Est), qui lui ont fait perdre les dernières élections législatives de septembre 2002. Il n'a jamais digéré cet échec. Ce politicien a toujours montré un certain dédain pour les Allemands qui ne sont pays originaires du sud du pays. Lors de ses «confidences», il a ainsi expliqué que tous ses compatriotes ne pouvaient pas être «aussi intelligents que les Bavarois». Pour tenter de limiter les effets dévastateurs de ces déclarations, Angela Merkel, s'est empressée de déclarer que les «invectives électorales» du chef de la CSU étaient «contre-productives».

Stoiber doit se moquer de la polémique qu'il a lancée et des conséquences néfastes qu'elle pourrait avoir le 18 septembre. Ce politicien grand et mince continue d'ailleurs de laisser planer le doute sur son avenir politique après le scrutin. Il refuse ainsi toujours de dire s'il acceptera de diriger un ministère en cas de victoire des chrétiens-démocrates. Un «superportefeuille» qui comprendrait l'économie et les finances ou la direction des affaires étrangères pourraient tenter ce Bavarois, mais aucune promesse formelle n'a encore été donnée. Ce suspense n'est pas pour plaire à Angela Merkel. Mais son «allié encombrant» semble avoir le plus grand mal à accepter d'être un second couteau. Il a joué suffisamment longtemps le rôle du conseiller modèle pour ne pas vouloir retourner dans l'ombre d'un autre leader.

Ce père de trois enfants né en 1941 est entré en 1971 après des études en droit au Ministère bavarois du développement économique et de l'environnement. Un an plus tard, ce chrétien pratiquant s'est retrouvé propulsé au poste de conseiller personnel de Franz Josef Strauss. Le ministre-président de Bavière de 1978 à 1988, qui a transformé sa région jusqu'alors fortement dépendante du secteur agricole en un carrefour de grandes entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies et la finance, est devenu le véritable mentor politique d'Edmund Stoiber. Ce dernier s'inspire aujourd'hui encore du pragmatisme du «Taureau de Bavière», qui est mort en 1988.

Apparences libérales

Sous des apparences libérales, son gouvernement peut se montrer très interventionniste. La majeure partie des 5 milliards d'euros dégagés par la vente de l'essentiel du patrimoine industriel détenu par le Land a ainsi été réinvestie dans le développement régional. L'Etat le plus riche d'Allemagne a mis en place des fonds de soutien aux nouvelles technologies et il a cherché à développer les capacités d'enseignement supérieur et de recherche. Des dizaines d'incubateurs d'entreprises ont aussi reçu des financements publics. Ces mesures ont eu d'importants impacts positifs. La Bavière est aujourd'hui le Land où le niveau de chômage est le plus bas (6,5%). Le revenu moyen par habitant est, lui, de 17,4% supérieur à la moyenne générale du pays, et le PIB de la région est supérieur à celui de certains pays européens comme l'Autriche, la Suisse ou la Belgique. Si les capacités d'Edmund Stoiber dans le domaine économique sont reconnues par presque tous les analystes, l'homme reste très critiqué dans certains autres secteurs.

Ses vues en matière d'immigration ne sont notamment pas toujours populaires. S'il se défend de toute xénophobie, le chef de la CSU jugeait il y a plusieurs années qu'«on ne peut pas traiter la criminalité étrangère comme la criminalité intérieure», montrant du doigt notamment «les bandes africaines de la drogue». Ses récentes déclarations au sujet des Ossies ne vont pas calmer ses détracteurs. De nouveaux «incidents» de ce type pourraient porter un coup fatal à la CDU-CSU, qui a déjà perdu depuis le mois de juin sept points dans les sondages pour atteindre 42% des intentions de vote. Ce glissement ne doit toutefois pas empêcher de dormir Edmund Stoiber. Tant que sa Bavière chérie lui reste fidèle, le ministre-président est serein.