France

Le portrait officiel d'Emmanuel Macron fait jaser

Des livres, des iPhones et une fenêtre ouverte: la photo officielle est un concentré des signes que veut renvoyer le nouveau président français. C'est sur Twitter qu'il a dévoilé son portrait, qui trônera bientôt dans les mairies des 36 000 communes françaises. Twitter, où ce portrait est très commenté et détourné...

A chaque nouveau quinquennat, c'est la même histoire: à peine rendu public, le portrait du président déchaîne des nuées de commentaires de sémiologues de l'image improvisés, audacieux et pleins d'humour: les internautes.

Il faut dire que c'est tentant. Car les signes fourmillent. Chaque photo est très soigneusement étudiée, un portrait officiel porte la marque de fabrique de son sujet, tout est là pour être interprété, et donner une traduction visible aux lignes de force d'une présidence qui doit encore tout prouver.

Que raconte le crû 2017? Emmanuel Macron sur la photo est debout, appuyé sur son bureau (la verticalité communiquant du dynamisme), l'air déterminé, souriant mais pas trop, la légion d'honneur et son alliance bien visibles sur la photo. Grâce à la fenêtre ouverte il est dedans et «en même temps» il est dehors, à la jonction de deux mondes. Comme il est à la jonction de la France et de l'Europe grâce aux deux drapeaux. Sur son bureau deux iPhones, dénotant un homme moderne et connecté; des livres aussi, dans leurs éditions de la prestigieuse Pléiade, dont le service de presse de l'Elysée a  révélé qu'il s'agissait du Rouge et du Noir de Stendhal (cette histoire d'un jeune ambitieux admirateur de Napoléon), les Mémoires de guerre du général de Gaulle (référence bipartisane bienvenue chez les plus âgés, même si elle ne parle plus du tout aux nouvelles générations), et Les Nourritures terrestres, de Gide (autre livre qui parle peu aux jeunes d'aujourd'hui, qui ne connaissent souvent que le célèbre «Familles je vous hais!» de cet hymne masculin, sensuel et solaire). Un homme moderne mais ancré dans la littérature et le temps - à preuve aussi l'horloge sur le bureau, celle qu'il consulte le mercredi spécialement pour ne pas arriver en retard au Conseil des ministres, explique aussi l'Elysée -  alors qu'Emmanuel Macron a plusieurs fois fait attendre son public lors de rendez-vous avec la presse ou diplomatiques.


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Un storytelling étudié

C'est la photographe qui suit Emmanuel Macron depuis un an qui a pris la photo, Soazig de la Moissonière, un choix qui diffère d'autres présidents qui s'étaient adjoint les services de noms prestigieux, comme Raymond Depardon pour François Hollande ou Bettina Rheims pour Jacques Chirac. Efficacité, simplicité, deux autres marques de fabrique que le jeune président français veut imprimer à son quinquennat. Enfin le storytelling aussi est étudié - Le Figaro dans «L'histoire secrète de la photo officielle d'Emmanuel Macron» propose son lot de petites révélations sur le making of du portrait officiel - le saviez-vous? Le président a joué au tennis et fait quelques pas de boxe avant de poser; et c'est lui qui a choisi l'image finale... Enfin une petite vidéo diffusée par Sibeth Ndiaye, responsable de la communication présidentielle, accompagne l'opération de comm' sur Twitter.

Emmanuel Macron impose donc ses nouveaux codes, alors que sa convocation du parlement à Versailles la semaine prochaine est dénoncée par certains comme un signe d'autoritarisme, tout comme son refus de se plier à l'exercice traditionnel de l'interview du 14 juillet.

Le réseau s'est en tout cas mobilisé pour accueillir cette photo si travaillée. Le mot-dièse #portraitofficiel était le plus utilisé ce jeudi après-midi en France sur Twitter. Petit florilège.

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