UNION EUROPEENNE

Portrait. Le sourire de Benita Ferrero-Waldner au service de la Commission européenne

Conservatrice, pugnace, opposée à la Turquie mais sans doute favorable à la Suisse, la cheffe de la diplomatie autrichienne hérite des Relations extérieures

Sourire en permanence accroché aux lèvres, cheveux blonds tirés et tailleurs stricts, la nouvelle commissaire aux Relations extérieures de la Commission européenne diffère du tout au tout du Britannique Chris Patten qui lui cédera sa place le 1er novembre prochain. Parcours, idées, poids au sein de la Commission, presque tout sépare l'ancien gouverneur de Hongkong de Benita Ferrero-Waldner.

Lorsque le chancelier autrichien a désigné en juillet sa ministre des Affaires étrangères pour remplacer Franz Fischler à Bruxelles, le nouveau président de la Commission s'est réjoui d'avoir une femme de plus dans sa future équipe. Est-ce pour cela que José Manuel Durão Barroso a confié le portefeuille des Relations extérieures à cette juriste de formation, entrée dans la carrière diplomatique en 1984 après un long parcours dans le privé, alors qu'elle visait, dit-on, plus modestement, la Coopération et le Développement?

Lorsque Chris Patten prend ses fonctions de commissaire européen aux Affaires extérieures en 1999, il le fait après l'expérience historique de la rétrocession de Hongkong à la Chine. Benita Ferrero-Waldner, elle, apparaît sur la scène européenne en tant que ministre des Affaires étrangères autrichiennes en l'an 2000 dans un contexte moins favorable, l'entrée de Jörg Haider au gouvernement. Cette fille d'un dentiste des environs de Salzbourg, née le 5 septembre 1948, peut se targuer d'être la première femme à diriger la diplomatie autrichienne, mais elle hérite alors d'un poste à haut risque. Elle va devoir défendre la coalition gouvernementale formée par son parti, le Parti du peuple autrichien, avec le leader populiste et batailler contre les sanctions édictées par ses quatorze partenaires européens. «Pensez seulement à l'impact de la déclaration des Quatorze, sur la substantielle majorité proeuropéenne de la population autrichienne», plaidera-t-elle à l'époque. Tenace, elle redonnera rapidement à l'Autriche un rôle plein en Europe.

Chris Patten était arrivé à Bruxelles après un succès personnel, l'Autrichienne rejoindra la capitale de l'Europe après un échec électoral. En avril dernier, elle a brigué sans succès, battue par son rival social-démocrate, la présidence honorifique de l'Etat autrichien. Il y a peu, la ministre conservatrice a fait, en privé, la preuve de son attachement à la religion: pour pouvoir se marier après un divorce en 1983, elle n'a pas ménagé ses efforts afin d'obtenir de l'Eglise catholique le droit de se marier une seconde fois à la fin 2003, alors qu'elle l'était civilement depuis dix ans.

La Turquie perd avec Chris Patten un allié précieux. Celle qui le remplacera est beaucoup moins enthousiaste sur son adhésion: «Notre honnêteté nous oblige à dire que la Turquie n'est pas prête aujourd'hui à rejoindre l'Union européenne, a-t-elle déclaré en juin. Et l'Union européenne n'est pas prête non plus à franchir ce pas.» Mais sa nomination n'est pas de mauvais augure pour tout le monde. Berne, qui malgré la conclusion des secondes bilatérales a eu de grandes difficultés à amadouer Chris Patten, devrait pouvoir compter sur Benita Ferrero-Waldner. Elle vient d'un pays voisin, alpin, qui pratique lui aussi le secret bancaire, et s'est montrée très conciliante – dans les réunions européennes – face aux requêtes suisses.

Son poste est important, mais il sera moins confortable que celui de Chris Patten. Si la Constitution européenne est adoptée, elle devra céder sa place à Javier Solana, l'actuel haut représentant de l'Union qui sera alors seul en charge de la politique étrangère. «Nous devrons réfléchir à l'exacte division du travail», a reconnu José Manuel Durão Barroso, qui souligne que Benita Ferrero-Waldner devrait néanmoins continuer à gérer les relations avec les voisins immédiats de l'Union.

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