Herman Van Rompuy, l’atout belge

Aussitôt arrivé, aussitôt parti. Grand favori depuis quelques semaines pour le poste de président du Conseil européen, le premier ministre belge Herman Van Rompuy, 62 ans, doit cette nomination à son année passée à la tête du gouvernement fédéral, qu’il dirige depuis le 30 décembre 2008. Un poste obtenu en remplacement du leader flamand Yves Leterme, incapable de parvenir à un consensus entre les deux plus importantes communautés linguistiques du pays: néerlandophone et francophone.

Un poste qui lui a surtout permis, selon les observateurs, de séduire tour à tour Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Le premier, en raison de son habileté de négociateur, de son français parfait, et de sa culture. La seconde, en raison de sa réputation de gestionnaire austère mais fiable (il fut plusieurs fois ministre du Budget), confirmé lors du sauvetage de la banque belge Fortis et des mesures d’urgence décidées par Berlin pour le constructeur automobile allemand Opel.

Réputé homme de compromis, polyglotte (français, anglais, néerlandais, allemand) mais inconnu sur la scène internationale, Herman Van Rompuy présidait, avant sa nomination, la chambre des députés belges. Il est souvent présenté comme un intellectuel chrétien, pur produit de l’éducation jésuite, formé à l’université catholique de Louvain.

Sa passion la plus connue est celle des haïkus, les très courts poèmes japonais. «Il est brillant. Il a de l’esprit, une grande culture et un humour pince sans rire. Ce sera le président idéal du conseil d’administration Europe» jubile un journaliste français qui l’a rencontré. Seules ombres au tableau: sa réputation de leader flamand conciliant, rassurant, est contestée par des élus francophones belges qui l’accuse d’avoir toujours soutenu, en sous main, la cause autonomiste des «flamingants».

Son départ du gouvernement Belge, par ailleurs, pose au royaume un sérieux problème tant Herman Van Rompuy était apparu, depuis un an, comme un «grand pacificateur» dans un pays aux moeurs politiques plutot volatiles...

Catherine Ashton: l’autre carte britannique

La baronne Ashton de Upholland, car tel est son titre de noblesse, se retrouve à la tête de la diplomatie de l’UE pour deux raisons: la volonté de Londres d’obtenir ce poste prestigieux puisque Tony Blair n’a pas emporté la présidence du Conseil. Et le fait qu’elle est une femme, ce qui compléterait avantageusement un duo masculin à la tête de la commission (dirigée par le portugais José-Manuel Barroso) et du conseil (confié au premier ministre belge Herman van Rompuy).

Pour le reste, sa nomination acquise à la surprise quasi générale à Bruxelles pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Car rares sont ceux qui, dans les couloirs de l’UE, l’ont suffisamment côtoyé à son actuel poste de commissaire au Commerce pour tresser d’éventuels lauriers.

Remplaçante au pied levé de Peter Mandelson – l’ex-éminence grise de Tony Blair – lorsque celui-ci accepta de venir soutenir son vieil adversaire Gordon Brown, cette spécialiste des questions d’éducation de 53 ans n’a guère d’autres atouts en main. Du moins sur le papier: «Elle a très vite appris nuançait jeudi soir un haut fonctionnaire de la commission impliqué dans la récente négociation de l’accord de libre-échange entre l’UE et la Corée du Sud. Son approche des affaires est plus technique que politique. Mais elle est appliquée et, surtout, elle écoute…»

Catherine Ashton hérite en effet de la tâche la plus ardue à la tête de l’Union qu’elle aura pour mission de représenter à travers le monde, sans froisser les susceptibilités des diplomaties nationales. D’où le pari d’un responsable européen: «Sa priorité explique-t-il, sera de mettre en place le nouveau service de l’action extérieure. Elle sera plus chef d’orchestre que soliste. Et pour cette période de rodage de la diplomatie communautaire, c’est aussi bien».