Comme tous les sondages prévoient la réélection dès le premier tour de l'actuel chef de l'Etat, le conservateur modéré Marcelo Rebelo de Sousa, le suspense porte sur le score du candidat d'extrême droite André Ventura, qui pourrait créer la surprise en arrivant deuxième, devant l'ex-eurodéputée socialiste Ana Gomes.

Le taux de participation des 10,8 millions d'électeurs inscrits est l'autre enjeu majeur du scrutin, puisque les bureaux de vote ouvriront à 08H00 (heures locale et GMT) dans un pays soumis depuis dix jours à un deuxième confinement général pour endiguer une explosion des cas de Covid-19.

Après les commerces et les restaurants, le gouvernement a dû se résoudre à fermer les écoles pendant quinze jours, alors que de nouveaux records quotidiens de contaminations et de décès ont encore été battus samedi, portant le bilan total depuis le début de la pandémie au-delà du seuil des 10 000 morts.

Faible mobilisation attendue 

Avec plus 80 000 contagions au cours de la semaine écoulée, le Portugal occupe le premier rang mondial en nombre de nouveaux cas par rapport à sa population, dépassé seulement par l'enclave britannique de Gibraltar, selon les données collectées par l'AFP auprès des autorités nationales.

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Dans son dernier discours de campagne, le président sortant a appelé les électeurs à voter pour lui afin d'éviter un second tour, prévu le 14 février, et ainsi «épargner aux Portugais le prolongement de l'élection pendant trois semaines cruciales» pour freiner l'épidémie.

«Il suffit d'une abstention de 70% pour rendre un second tour quasiment inévitable», s'est inquiété Marcelo Rebelo de Sousa, un ancien professeur de droit de 72 ans, devenu célèbre en tant que commentateur politique à la télévision. De fait, candidats et observateurs redoutent que le contexte sanitaire, venu s'ajouter à l'issue prévisible du scrutin, provoque une très faible mobilisation, qui risque à son tour de brouiller les prévisions des sondages.

Montée de l'extrême droite

Dans les dernières enquêtes, M. Rebelo de Sousa était crédité d'au moins 58% des intentions de vote, contre près de 15% pour la socialiste Ana Gomes et un peu plus de 10% pour le populiste de droite André Ventura. Les quatre présidents qu'a connu le Portugal depuis l'avènement de la démocratie, en 1974, ont tous été réélus dès le premier tour pour un second mandat de cinq ans.

Resté très populaire depuis son élection, il y a cinq ans, l'actuel chef de l'Etat a cohabité sans accroc majeur avec les socialistes du Premier ministre Antonio Costa qui, pour s'éviter une défaite assurée, n'ont présenté aucune candidature. Le chef du gouvernement a même refusé de soutenir Ana Gomes, une diplomate de carrière âgée de 66 ans, devenue une éminente militante anticorruption et qui s'est posée en rempart contre la montée de l'extrême droite.

André Ventura, lui, a dit vouloir «écraser la gauche», qui compte trois des sept candidats, et espère ainsi confirmer la progression du populisme de droite dans un pays qui, jusqu'ici, faisait figure d'exception. Avec un score de 1,3% et 70.000 voix aux législatives de 2019, ce juriste de 38 ans est devenu le député unique du parti antisystème «Chega» («ça suffit»), qu'il a lui-même fondé après avoir milité au sein de la principale formation de centre droit portugaise, comme le président sortant.