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Le Portugal peine à maîtriser l'incendie de forêt en Algarve

Le brasier au sud du pays devrait s’aggraver dans les prochaines heures en raison des conditions météorologiques. La «désorganisation» des secours ainsi que les plantations d’eucalyptus, une espèce très inflammable, sont pointées du doigt

Les pompiers portugais ne viendront pas à bout avant plusieurs jours des incendies qui ravagent depuis vendredi la région touristique de l’Algarve (sud), a reconnu mercredi le Premier ministre Antonio Costa. Plus de 1400 pompiers et militaires combattent le feu.

Ils sont appuyés par une douzaine de bombardiers d’eau et d’hélicoptères dans la chaîne de montagnes de Monchique alors que l’incendie progressait sur deux fronts, attisé par des vents violents. Dans l’après-midi, un énorme champignon de fumée s’élevait en direction de la ville de Silves, à une dizaine de kilomètres à peine du petit port de Portimao, très fréquenté par les touristes.

«Il ne faut pas avoir l’illusion que cet incendie va s’éteindre dans les prochaines heures», a déclaré M. Costa lors d’une conférence de presse au siège de la Protection civile à Lisbonne. Selon lui, l’opération «va se prolonger dans les prochains jours».

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Aggravation prévue

Le brasier «devrait certainement s’aggraver dans les prochaines heures», en raison notamment d’un «vent constant et fort», de la «hausse des températures» et d’un «taux d’humidité en baisse», a-t-il précisé. «Notre prochaine grande fenêtre d’opportunité sera la nuit prochaine, l’aube et le début de matinée. C’est là que nous devrons concentrer nos efforts», a souligné le premier ministre.

La région a déjà été durement touchée par les incendies. En 2003 un feu de forêt avait ravagé 41 000 hectares, tandis qu’en 2016, plus de 3700 hectares étaient partis en fumée en dix jours.

Depuis qu’il a éclaté vendredi dernier, l’incendie a fait 32 blessés dont un grave et des centaines d’habitants et de vacanciers ont été évacués des alentours de Monchique, un bourg de 6000 habitants à 164 kilomètres au sud de Lisbonne. «Certains sont déjà rentrés chez eux», a indiqué une porte-parole de la Protection civile, précisant que 180 personnes restaient déplacées.

«Cendres et suie»

Le feu, visible depuis la Station spatiale internationale (ISS), a déjà consumé plus de 21’000 hectares selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt (EFFIS). «Le ciel est plein d’une sorte de brume noire, faite de cendres et de suie», a déclaré à l’AFP Tony Sanders, un Britannique qui tient un petit bed and breakfast dans la station balnéaire de Carvoeiro, à 30 km au sud de Monchique. «On sent cette odeur âcre de bois brûlé tout le temps et cela irrite la gorge», explique-t-il inquiet des braises portées par le vent «qui peuvent allumer un foyer à tout moment».

Le gouvernement avait pourtant déployé un dispositif important cette année dans tout le pays pour éviter la répétition des incendies de 2017, qui ont fait 114 morts. Des associations de pompiers ont dénoncé la «désorganisation» des secours, composées d’unité de l’armée, de pompiers venus des villes comme de pompiers forestiers aguerris.

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«Nous sommes face à une opération d’une grande complexité avec un millier d’hommes déployés sur le terrain, il est possible que par moments les choses ne se déroulent pas comme on l’aurait souhaité», a reconnu la porte-parole de la Protection civile.

Eucalyptus inflammable

Les critiques portent également sur les plantations d’eucalyptus, une espèce très inflammable utilisée par l’industrie du papier et considérée comme un facteur majeur favorisant les feux de forêt. Au Portugal, «il n’y a pas de gestion préventive du territoire» qui prenne en compte le risque des incendies, a expliqué à l’AFP Gil Martins, responsable du département protection civile de l’Institut supérieur de l’Education et des sciences. Et il y a «près de 690’000 hectares de forêt d’eucalyptus» qui ne sont pas entretenus, a-t-il ajouté.

Entre-temps en Espagne, quelque 700 pompiers appuyés par 27 aéronefs luttaient mercredi contre un feu de forêt dans la région de Valence, qui se rapproche de la ville balnéaire de Gandia, et a déjà ravagé 2900 hectares et obligé à déplacer quelque 3000 personnes. Les autorités de Catalogne ont par ailleurs confirmé mercredi la mort, la veille, d’un homme de 41 ans victime d’un coup de chaleur, portant à dix le nombre total de décès dus à la canicule en Espagne en une semaine.

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