En position de force, le régime syrien est prêt

à un cessez-le-feu dans la ville martyre d’Alep

ONU Le médiateur Staffan de Mistura appelle à faire front commun contre l’Etat islamique

Une lueur d’espoir est apparue au bout du tunnel dans lequel sont enfermés les Alépins. Le président Bachar el-Assad serait prêt à un cessez-le-feu de six semaines dans la seconde ville de Syrie qu’il assiège et bombarde depuis plus de deux ans.

C’est en tout cas ce qu’affirme l’envoyé de l’ONU, Staffan de Mistura, après avoir rencontré récemment le président syrien. Le médiateur l’a annoncé mardi soir à New York, en marge d’une réunion du Conseil de sécurité, où il rendait compte de sa mission impossible.

Les combats ont redoublé

Cette suspension des tirs et raids commencera «à partir d’une date qui sera annoncée à Damas», a-t-il dit aux journalistes. Il se rendra «dès que possible» dans la capitale syrienne, ainsi qu’à Alep, afin de discuter des détails de ce cessez-le-feu local. Les rebelles, qui tiennent la moitié de la ville martyre, sont eux aussi appelés à faire taire leurs armes. Le plan de l’ONU suscite toutefois le plus grand scepticisme dans leurs rangs.

A Alep, les combats ont au contraire redoublé, alors que l’armée syrienne tente de parachever l’encerclement de la ville. Elle a lancé mardi une grande offensive avec l’aide de ses alliés du Hezbollah libanais, ainsi que des combattants iraniens et afghans. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les violents combats dans la ville et plusieurs localités de la province d’Alep ont fait au moins 158 morts dans les deux camps.

Les troupes de Bachar el-Assad pourraient consentir à un cessez-le-feu, car elles sont en position de force. Une pause dans les combats leur permettrait leurs gains à Alep. Les rebelles craignent que le régime transfère ses forces et intensifie ses attaques, plus au nord, à la frontière avec la Turquie, ou au sud, dans la région de Deraa et vers le plateau du Golan occupé par Israël.

Les Américains et les Européens sont tout aussi circonspects à propos du plan de Staffan de Mistura. «Ce cessez-le-feu à Alep risque de renforcer Bachar el-Assad et c’est pourquoi il provoque autant de trouble parmi les adversaires du régime syrien», concède Joshua Landis, directeur du Centre d’étude sur le Moyen-Orient à l’Université d’Oklahoma. «Mais l’ONU tente d’alléger la souffrance de la population civile. Il est malvenu de critiquer ce plan alors que les Syriens sont abandonnés à leur sort et qu’il n’y a aucune solution politique en vue.»

Staffan de Mistura dit se faire peu d’illusion sur le succès de son initiative, qu’il tente d’imposer depuis son entrée en fonction en septembre dernier. Le diplomate italo-suédois avait succédé à l’Algérien Lakhdar Brahimi, qui avait démissionné suite à l’échec des négociations dites de Genève 2, visant à entamer une transition politique à Damas.

Stratégie minimaliste

Le nouveau médiateur de l’ONU a adopté une stratégie beaucoup plus minimaliste. Enterrée la perspective d’un accord global. S’il tient, le cessez-le-feu à Alep doit seulement enclencher une dynamique positive. Staffan de Mistura tient compte aussi de la nouvelle donne en Syrie et du péril de l’Etat islamique, contre lequel il appelle à demi-mot le pouvoir de Damas et les rebelles modérés à faire front commun.

Quand le plan de l’ONU a été lancé, Alep était menacée autant par l’armée syrienne que par l’avancée de l’Etat islamique. Ce n’est aujourd’hui plus le cas puisque les djihadistes de Daech sont durement frappés par l’aviation américaine et ne sont plus en mesure de lancer une grande offensive pour prendre la ville.

«S’il s’en prenait aux rebelles à Alep, l’Etat islamique se tirerait une balle dans le pied, car ils riposteraient et les Etats-Unis pourraient s’appuyer sur eux, comme ils l’ont fait avec les Kurdes à Kobané», estime Joshua Landis.

La semaine dernière, Staffan de Mistura a été encore plus explicite en affirmant que Bachar el-Assad «faisait partie de la solution». Suite à cette déclaration, plusieurs groupes rebelles ont annoncé qu’ils ne coopéreraient plus avec le médiateur de l’ONU.

«Les rebelles sont extraordinairement divisés. A l’intérieur d’Alep, ils sont en faveur d’un cessez-le-feu. Ils n’en peuvent plus. Dans le reste de la Syrie, ils y sont plutôt opposés, car ils savent bien qu’ils seront attaqués de plus belle», analyse Joshua Landis. «Cela montre l’extrême fragmentation de la rébellion. Il y a des centaines de groupes différents qui n’ont plus que des visées locales et de moins en moins d’agenda commun.»