Le bras de fer indo-pakistanais s'est durci durant le week-end avec l'appel de part et d'autre à l'union nationale dans l'hypothèse d'un conflit armé. Dimanche, le premier ministre nationaliste indien Atal Behari Vajpayee a obtenu le soutien de l'ensemble des partis politiques du pays – habituellement très divisés – pour maintenir une ligne dure face à Islamabad. Une démonstration d'unité exceptionnelle; un pas qui avait également précédé les deux dernières guerres indo-pakistanaises en 1965 et 1971. New Delhi a pu se sentir justifié dans cette attitude après l'intervention, samedi, du président américain George Bush auprès de son homologue pakistanais Pervez Musharraf afin qu'il prenne des mesures supplémentaires «fermes et décisives contre les extrémistes qui cherchent à nuire à l'Inde» et «déstabilisent la coalition contre le terrorisme».

En position de force, le pouvoir indien refuse un dialogue direct avec le Pakistan tant qu'il n'aura pas obtenu le démantèlement complet et l'arrestation des membres de mouvements d'indépendance cachemiris soupçonnés d'avoir organisé l'attentat contre le Parlement indien du 13 décembre. Islamabad affirme avoir gelé les comptes bancaires des deux groupes et arrêté le chef du Jaish-e-Mohammed, Maulana Masood Azhar, ainsi que 50 militants. Pour le ministre indien de l'Intérieur L.K. Advani, il s'agit d'une «plaisanterie». L'Inde va remettre au Pakistan une liste des militants dont elle réclame l'arrestation. Un porte-parole du gouvernement pakistanais a rétorqué que son pays a fait «tout ce qui devait ou pouvait être fait»: «Malheureusement l'Inde n'en a pas pris note.»

Les deux pays s'affirment prêts au combat tout en espérant une issue diplomatique. Mais L.K. Advani invite le Pakistan à agir très rapidement: «Des mesures à un niveau non diplomatique risquent d'être prises simplement parce que notre voisin continue de soutenir le terrorisme. Même aujourd'hui, il peut nous donner une ferme assurance, ainsi qu'à la communauté internationale, qu'il cessera d'aider et encourager le terrorisme.» Pour sa part, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Abdul Sattar, a déclaré que l'usage de l'arme atomique est «inconcevable». Mais il a encore mis en garde que la «moindre action déclencherait une chaîne d'actions et de réactions menant à un conflit que personne ne désire».

«Nos angoisses augmentent»

Dans le même temps, les deux pays continuent d'amasser leurs troupes à la frontière. Un haut responsable militaire indien a déclaré dimanche que des milliers de soldats étaient redéployés du nord-est du pays, où ils luttent contre des insurrections, vers la frontière occidentale avec le Pakistan, précisant que «la principale préoccupation de l'Inde est maintenant sa sécurité nationale». Après avoir annoncé une série de sanctions diplomatiques, l'Inde n'exclut pas des représailles militaires contre des «camps terroristes» dans la partie pakistanaise du Cachemire. A la suite de George Bush, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a téléphoné à son tour à trois reprises à Pervez Musharraf pour lui demander de ne pas réagir au déploiement des troupes indiennes. Les Etats-Unis craignent que le Pakistan dégarnisse ses forces à la frontière afghane où elles collaborent à la traque du réseau extrémiste d'Al-Qaida.

«Nos angoisses augmentent jour après jour, heure après heure, lorsque nous recevons des informations sur les mouvements de troupes indiennes à la frontière», explique encore un porte-parole du gouvernement pakistanais. Selon l'AFP, la tension est à son paroxysme sur la ligne qui délimite le Cachemire sous contrôle pakistanais de celui sous contrôle indien. Chaque jour, des bombardements et des tirs sont observés. Des centaines de civils pakistanais fuient la zone frontalière alors que des convois militaires arrivent en sens inverse. Dimanche, Pervez Musharraf a déclaré que, «si une guerre lui est imposée, le Pakistan, ses forces armées et ses 140 millions d'habitants sont totalement prêts à faire face à toutes les conséquences».