Proche-Orient

La poudrière de Gaza a de nouveau explosé

Des échanges de tirs ont eu lieu durant tout le week-end entre Israéliens et Palestiniens. Produit d’une provocation du Djihad islamique, selon les uns, de la frustration sans fin de la population gazaouie, selon les autres, le tout sur fond d’imminence de l’Eurovision

La fièvre se maintient, et elle ne tombe pas. Un nouvel accès de violence tourmente Israël et la bande de Gaza depuis le vendredi 3 mai. Il démontre l’immense difficulté qu’ont le Hamas et le gouvernement israélien à respecter un accord tacite de cessez-le-feu, conclu il y a plusieurs semaines, en échange d’une amélioration humanitaire substantielle dans l’enclave.

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Près de 450 tirs de mortiers et de roquettes ont été déclenchés par les factions palestiniennes en direction d’Israël depuis samedi matin. Des tirs nombreux – dont près de 150 ont été interceptés par le système de défense «Dôme de fer» – obligeant la population à se réfugier dans les abris. Au total, trois Israéliens ont été tués à Ashkelon, dans le sud d’Israël, par les roquettes palestiniennes, a fait savoir la police. Il s’agit du bilan le plus lourd depuis la dernière guerre de l’été 2014.

En réponse, l’armée israélienne a lancé depuis samedi une vaste campagne de frappes aériennes contre près de 220 cibles militaires dans l’enclave palestinienne. A en croire ses communiqués, elle a notamment atteint des entrepôts, des sites de lancement, un atelier de fabrication souterrain de roquettes présenté comme une infrastructure essentielle, en face de la communauté de Netzarim, ainsi que les locaux du bataillon du Hamas à Boureij. Elle a détruit un tunnel d’attaque, creusé 20 mètres sous terre près de la ville de Rafah, attribué au Djihad islamique.

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Accusation turque 

Un bébé de 14 mois a été tué à l’est de Gaza‐ville, ainsi que sa mère de 37 ans, enceinte. Dimanche matin, lors d’une conférence de presse téléphonique, le porte‐parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus, a affirmé que cet «incident malheureux» était le résultat d’une erreur de tir palestinien. Les locaux de l’agence d’Etat turque Anatolie ont aussi été détruits. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a dénoncé sur Twitter le «crime contre l’humanité» que représenterait la violence israélienne sans distinction. Selon Jonathan Conricus, les deux bâtiments visés à Gaza étaient des «cibles militaires légitimes», en raison des activités de planification terroriste et de renseignement qui y étaient tenues.

L’armée a pointé du doigt le Djihad islamique, en raison d’une attaque organisée vendredi. Un snipper aurait atteint et blessé un officier et une soldate à proximité de la clôture frontalière, entraînant immédiatement une réponse des forces israéliennes. Les militaires estiment que le Hamas n’a pas su imposer son autorité sur l’autre faction armée de Gaza, au moment même où elles étaient toutes deux engagées dans un énième cycle de pourparlers au Caire, avec le médiateur égyptien. Pourquoi le Djihad islamique a‐t‐il pris le risque d’une telle attaque, après plusieurs semaines de calme relatif précédant les élections législatives du 9 avril? Plusieurs hypothèses se dessinent. Les autorités israéliennes évoquent le rôle de l’Iran, pays avec lequel le Djihad islamique a des liens historiques. Mais la piste la plus évidente est la frustration gazaouie.

Bientôt l'Eurovision 

Un accord de principe avec les Israéliens avait permis d’instaurer ce calme fragile. Le Hamas avait baissé l’intensité des activités frontalières, notamment dirigées contre les soldats. En retour, les factions estiment que les Israéliens n’ont pas consenti les gestes attendus, en dehors de l’extension de la zone de pêche par exemple. Leur impatience est à la hauteur du drame humanitaire à Gaza. Mais Benyamin Netanyahou, lui, est engagé dans les négociations pour former une nouvelle coalition avec les partis ultra‐orthodoxes et l’extrême droite. Un moment sensible, où il ne peut apparaître comme complaisant à l’égard du Hamas. Les factions palestiniennes, elles, ont aussi en tête l’organisation prochaine de l’Eurovision à Tel‐Aviv, du 14 au 18 mai. Un divertissement majeur, qui attirera les regards du monde entier, et permet d’accentuer la pression sur Israël.

Ces derniers jours, le retard dans le versement à Gaza des aides financières mensuelles attribuées depuis novembre par le Qatar a accentué la nervosité générale. L’émirat retire‐t‐il ce mince filet de sauvetage, ou est‐il bloqué? Le Ministère israélien des affaires étrangères a tenu samedi à souligner que, «contrairement aux rapports, Israël n’a pas empêché le transfert de l’argent qatari». Le 2 mai, le coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix, Nikolaï Mladenov, se trouvait justement au Qatar pour discuter de l’implication financière de l’émirat dans la bande de Gaza. Samedi, il a fait une nouvelle fois la navette entre factions palestiniennes et Israël, pour placer tous les acteurs devant leurs responsabilités. «Ceux qui cherchent à détruire [les accords] porteront la responsabilité d’un conflit qui aura de lourdes conséquences pour tous», écrivait‐il sur Twitter samedi soir.

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