Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Un membre de la délégation du gouvernement yéménite à Genève, septembre 2018.
© Denis Balibouse/Reuters ©

Moyen-Orient

Pourparlers sur le Yémen: un processus mort-né?

Les délégations du gouvernement yéménite et des rebelles houthis devaient se rencontrer jeudi ou vendredi au Palais des Nations. Mais de nouvelles conditions posées par les seconds pourraient tout faire capoter

Les pourparlers de paix de Genève sur le Yémen sont-ils morts nés ? Jeudi, la délégation du gouvernement yéménite emmenée par le ministre des Affaires étrangères Khaled al-Yamani attendait de pied ferme la délégation des rebelles houthis qui n’avait toujours pas quitté Sanaa. Motif : à la dernière minute, la délégation des Houthis a formulé trois conditions à sa participation aux discussions de Genève. Ellel exige qu’un avion omanais puisse transférer des blessés houthis vers Mascate et rapatrier d’autres blessés à Sanaa. Elle veut surtout obtenir la garantie qu’à son retour de Genève, elle puisse regagner la capitale yéménite qui est sous son contrôle. Sur ces points, elle a estimé que les Nations unies n'avaient pas tenu leurs promesses.

Ultimatum

Au cours de la journée, la délégation gouvernementale montrait des signes d’impatience face à ce coup de théâtre et l’a fait savoir aux médias dans un hôtel genevois proche de l’aéroport à l’issue d’une rencontre entre l’émissaire des Nations unies Martin Griffiths et le chef de la diplomatie yéménite Khaled al-Yamani: «Cette réunion a été prévue il y a deux mois (…) Aujourd’hui, nous sommes seuls », a déploré Hamza Alkamali. Si les représentants houthis n’arrivent pas d’ici à vendredi soir, Khaled al-Yamani et son entourage feront leurs valises. Les pourparlers devaient initialement commencer jeudi, puis vendredi matin au Palais des Nations. Leur tenue est désormais fortement hypothéquée.

Lire aussi: La guerre au Yémen a provoqué la pire crise humanitaire du monde

L’épisode est à la hauteur de la tragédie humanitaire du Yémen, où toutes les parties en conflit sont accusés de « crimes de guerre » par des experts onusiens mandatés par le Conseil des droits de l’homme. La guerre, qui oppose les forces gouvernementales du président Abd Rabbo Mansour Hadi aux rebelles houthis soutenus par l’Iran, a fait près de 10 000 morts dont une grande partie de civils. Elle a éclaté peu après que les Houthis d’obédience zaïdite, ont pris le contrôle de Sanaa en septembre 2014 et de plusieurs provinces du pays. A partir de 2015, la contre-offensive de la coalition internationale de Riyad et Abu Dhabi avec le soutien des Etats-Unis, qui apporte des armes ultra-sophistiquées aux forces gouvernementales, sera sanglante.

Le chaos ambiant a poussé le diplomate britannique Martin Griffiths à prendre son bâton de pèlerin pour tenter d’éloigner le pays de l’abîme. Depuis sept mois, il s’efforce de convaincre les parties yéménites à se mettre autour d’une table. Il pensait avoir réussi au moins à réunir en un même lieu les acteurs yéménites du conflit. Jeudi, il a dû déchanter, mais il ne baisse pas les bras. Il reconnaît les difficultés du processus, mais il s’évertue à les surmonter afin de tout faire pour rassembler les belligérants yéménites à Genève d'ici à vendredi soir.

Malgré l’incertitude sur les pourparlers, les résultats attendus du rendez-vous de Genève sont mesurés. Directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, Hasni Abidi l'analyse: «Après deux échecs de médiation, c’est la première confrontation entre les deux parties depuis 2016 sous l’égide de l’émissaire Martin Griffiths. C’est important. Britannique, ce dernier a le soutien du Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité. De plus, aussi minime soit-il, le rendez-vous de Genève est une évolution. On rompt en partie avec la spirale de violence dont les conséquences humaines sont sans précédent. »

Approche différente

Hasni Abidi souligne la personnalité de l’émissaire onusien en charge du processus : «Il a une approche très différente de celle de ses prédécesseurs mauritanien et marocain. Ces deux derniers avaient des positions favorables à l’un ou l’autre camp. Martin Griffiths, longtemps directeur exécutif du Centre de dialogue humanitaire à Genève, a une approche très discrète. Il a compris que l’équation syrienne par laquelle on invite les «parrains » des factions syriennes n’a pas marché. Ici, il veut d’abord travailler avec les Yéménites eux-mêmes. » Martin Griffiths veut une approche très terrain. Il a ainsi invité au processus de Genève un groupe de femmes yéménites choisies en fonction de leur parcours professionnel et de leur expertise technique et en contact étroit avec la diaspora yéménite.

Se concentrer sur les seuls acteurs yéménites est forcément un pari. Créer une dynamique de négociations sans inclure l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis d’un côté et l’Iran de l’autre, c’est prendre le risque d’occulter des facteurs essentiels du conflit. Hasni Abidi en convient : «Sans le soutien forts des parrains, le processus a peu de chance d’aboutir à quelque chose de probant. »

Pour Martin Griffiths, la priorité est de restaurer la confiance par diverses mesures comme l'acceptation par les deux parties d'un programme de vaccination des enfants et la libération de prisonniers, notamment avec l’aide du CICR. L’espoir du Britannique est de mettre dans la même salle les deux belligérants, mais ces derniers refusent pour l'heure tout face-à-face.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a