Selon la «loi de base» (un texte qui règle le fonctionnement de l'Etat hébreu en l'absence de Constitution), les prochaines élections législatives anticipées seront organisées quatre-vingt-dix jours après l'annonce de la dissolution de la Knesset (parlement) par le président de l'Etat. Soit le 4 février prochain. Mais la Commission des lois de la Knesset, qui se réunira ce mercredi pour préparer le scrutin, peut modifier cette date pour autant que tous les chefs de groupe parlementaire se soient mis d'accord, ce qui est d'ailleurs déjà le cas. Selon les rumeurs circulant hier dans les couloirs du parlement, les principaux leaders auraient en effet fixé la date du prochain scrutin au 28 janvier 2003.

Convoqués de manière impromptue hier matin à la résidence du président de l'Etat Moshé Katsav, les chroniqueurs politiques israéliens n'ont pas été surpris d'entendre que ce dernier venait d'accepter la démission d'Ariel Sharon. Car, depuis mercredi dernier, l'homme fort de la droite ne disposait plus d'une majorité parlementaire stable et ses propres amis politiques faisaient tout pour la torpiller. Alors que la rumeur de la chute du gouvernement courait les rédactions et que la classe politique entrait en effervescence, Katsav a appelé les responsables du pays à organiser une «campagne électorale courte, honorable, et économe étant donné la situation nationale et les événements internationaux qui risquent de se produire dans la région» (une guerre américano-irakienne, ndlr).

Le président Katsav a été entendu car la campagne a démarré dés la fin de son discours. A droite, la désignation du président du Likoud – donc, du chef de file des nationalistes lors des élections – aura théoriquement lieu le 18 ou le 21 novembre prochain et deux hommes se disputent la fonction: le premier ministre Ariel Sharon et son prédécesseur Benyamin Netanyahou. Recevant la presse immédiatement après Moshé Katsav, Ariel Sharon a aussitôt attaqué son rival avant de s'en prendre à Benyamin Ben Eliezer (le leader du Parti travailliste qui a quitté la coalition mercredi dernier) ainsi qu'aux extrémistes de droite de l'«Unité nationale», qui ont, eux, refusé d'entrer dans la nouvelle majorité qu'il a vainement tenté de constituer ces derniers jours.

Un peu plus tard, Benyamin Netanyahou s'est également rappelé à l'attention de ses supporters en acceptant le portefeuille des Affaires étrangères que lui proposait Sharon depuis la fin de la semaine dernière. Pourquoi ce retournement? «Parce que je veux travailler au mieux les intérêts d'Israël», a-t-il déclaré. En réalité, en entrant dans cette équipe ministérielle à durée limitée, il pourra mieux marquer Sharon au corps dans le cadre de la lutte pour la présidence du Likoud. En tout cas, les spécialistes de la vie politique israélienne, tel Hanan Krystal (le principal chroniqueur de Kol Israël, la radio publique), estiment que «la présence de ces deux poids lourds dans un même gouvernement fera des étincelles. Chacun étant forcé de montrer à ses supporters qu'il est plus extrémiste que l'autre, Sharon agira sans doute dans les territoires. Quant à Netanyahou, il fera les déclarations fracassantes dont il a le secret».

Dans le camp travailliste, le secrétaire général de l'Avoda Ben Eliezer se démène également beaucoup depuis vingt-quatre heures. Car les militants de son parti éliront leur nouveau chef de file le 19 novembre prochain et l'ex-ministre de la Défense – trop marqué à droite – n'est pas sûr du tout de remporter la manche contre le très progressiste maire de Haïfa, Amram Mitzna, son principal rival.

Intervenant en direct sur toutes les radios et les télévisions de l'Etat hébreu, Ben Eliezer tente en tout cas d'effectuer un recentrage spectaculaire en promettant que son «premier souci sera désormais le bien-être des plus défavorisés. Il n'est pas normal que l'on donne tant d'argent aux colons alors que des centaines de milliers de vieillards sont dans le besoin, que des mères célibataires dépendent de la sécurité sociale, et que 500 000 enfants ne mangent pas un repas chaud tous les jours, a-t-il notamment déclaré hier. Dorénavant, ce sont ces gens-là dont nous nous occuperons en priorité.» Des propos accueillis avec énormément de scepticisme par les commentateurs locaux selon lesquels «Ben Eliezer feint d'oublier qu'il a été le principal soutien de Sharon pendant deux ans et l'un des pivots de la politique qu'il dénonce aujourd'hui en prenant l'air outré».