Jan Peter Balkenende a gagné le pari des élections législatives qu'il a provoqué. Il demeure le maître de l'échiquier politique aux Pays-Bas. Le premier ministre chrétien-démocrate, au pouvoir depuis 2002 et longtemps surnommé «Harry Potter» en raison de ses lunettes rondes, a réussi à limiter les pertes de son parti, le CDA, selon les premiers résultats sortis des urnes vers 22heures. Le CDA, qui détenait 44 sièges dans la Chambre basse sortante, n'en perdrait que de un à trois, d'après les premières estimations.

La principale formation d'opposition, le Parti travailliste PVDA emmené par le «Tony Blair» néerlandais Wouter Bos, subit en revanche un net revers en reculant de près de 8 sièges alors que le SP, le parti de la gauche socialiste, très eurosceptique, fait de son côté le bon attendu. Il pourrait totaliser 30 sièges contre 8 dans la chambre sortante. Ce score est une défaite sévère pour Wouter Bos qui, au printemps, semblait destiné à accéder à la tête du pays.

Longues négociations en vue

Cette victoire personnelle de Balkenende, crédité d'une remise sur les rails de l'économie néerlandaise grâce à sa politique de libéralisation, correspond grosso modo aux analyses préélectorales. Comme prévu en effet, le premier ministre sortant va devoir passer maintenant de longues semaines à négocier en vue de la formation d'une grande coalition avec les travaillistes. La droite dure, morcelée, laisse en effet des plumes. Le parti VVD (libéral) de la ministre controversée de l'immigration, Rita Verdonk, est en net recul. «On se dirige vers une union nationale qui sera compliquée à obtenir puis à gérer, confesse, à chaud, le député européen travailliste Thaijs Berman. Balkenende ne peut pas gouverner à droite. Mais il a un net avantage sur nous.»

Ce scrutin législatif à un tour est une mauvaise nouvelle pour les tenants d'une ligne davantage pro-européenne et les défenseurs d'un éventuel retour prochain devant les urnes du projet de Constitution européenne rejeté en 2005 par les électeurs néerlandais. Le parti SP, artisan de la victoire du non, se retrouve dans une position potentielle de leader de l'opposition, ce qui obligera le futur gouvernement à avancer sur ce terrain avec d'énormes précautions.

Le durcissement des lois sur l'immigration, telle l'annonce d'une prochaine loi sur l'interdiction complète du voile islamique intégral, devrait demeurer. On voit mal, dans ces conditions, ce que les travaillistes vont pouvoir négocier pour monnayer leur entrée dans une future coalition. Wouter Bos, l'opposant numéro un à Balkenende, défait par les urnes, s'était de toute façon engagé à ne pas y participer.