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L’opposant Alexeï Navalny à Moscou. Le 25 décembre, la commission électorale centrale lui a barré la route de la présidentielle en mars prochain. 
© Evgeny Feldman/Navalny Campaign via AP

Russie

Poutine affrontera l’abstention à la présidentielle

Après avoir écarté son principal rival à la présidentielle, Vladimir Poutine prend ses distances par rapport à une campagne dénuée d’intérêt. Mais son véritable adversaire risque de s’appeler abstention

Un boulevard s’ouvre devant lui jusqu’en 2024. Vladimir Poutine s’est débarrassé lundi de son dernier rival, Alexeï Navalny, et se prépare sereinement à être réélu dès le premier tour le 18 mars prochain. Semblant se désintéresser de la campagne, le président sortant n’a même pas daigné être présent mardi à la cérémonie de sa propre investiture, lors de laquelle 648 membres du «groupe d’initiative» l’ont désigné à l’unanimité. Il s’emparera de son 4e mandat en tant que «candidat indépendant» à la présidentielle russe.

Aucun programme électoral

Suivant une tactique consistant à se montrer en chef d’Etat occupé pour creuser encore davantage l’écart abyssal qui le sépare des autres candidats, il apparaît ainsi au-dessus des partis, des querelles politiciennes de la campagne. Il ne participera pas aux débats télévisés: des hommes et femmes «de confiance» s’en chargeront. Vladimir Poutine n’a toujours pas dévoilé son programme électoral à moins de trois mois du vote. En début d’année, la presse moscovite avait annoncé que l’administration présidentielle avait défini les paramètres du vote: 70% de voix pour Vladimir Poutine au premier tour, sur une participation de 70%.

La seule intrigue sérieuse autour du scrutin, à savoir la participation ou non du plus remuant des opposants, a définitivement été éliminée lundi. Sans surprise, Alexeï Navalny, 41 ans, a été exclu du scrutin présidentiel par une commission électorale centrale chargée de filtrer les rivaux du président. La commission électorale a justifié l’exclusion par la condamnation pour fraude dont Navalny a fait l’objet. En dépit du fait que ce jugement ait été condamné comme «politiquement motivé» par la Cour européenne des droits de l’homme. Cette décision suit surtout la volonté clairement énoncée le 14 décembre par le président russe lors de sa grande conférence de presse. Sans prononcer le nom de Navalny – ce qu’il ne fait jamais – Vladimir Poutine a dénoncé un homme cherchant à «déstabiliser la situation dans le pays», trahissant ainsi la motivation politique et non judiciaire derrière son exclusion.

Je vous assure que je serai actif. Je vous assure que personne n’acceptera le scrutin ni son résultat

Alexeï Navalny

Mais Alexeï Navalny, qui est entré en campagne depuis déjà un an et a mobilisé 200 000 «volontaires» dans 80 villes russes, refuse de baisser les bras. Avant même que la commission électorale n’ait pris sa décision, il avait menacé de déplacer le combat sur un autre terrain: l’abstention. Il met désormais sa menace à exécution à travers son média favori: sa chaîne YouTube, grâce à laquelle il a déjà fortement contribué à saper le régime par ses enquêtes exposant la corruption des proches du président. Dès lundi, il appelait les électeurs russes à ne pas participer au scrutin, de façon à démontrer le caractère illégitime du prochain mandat de Vladimir Poutine.

«Je vous assure que je serai actif. Je vous assure que personne n’acceptera le scrutin ni son résultat», a-t-il lancé dans une vidéo publiée lundi. Il a enjoint à ses partisans d’observer le processus électoral pour éviter la fraude à grande échelle organisée par les pouvoirs locaux en faveur du candidat sortant.

«L’effet Crimée» épuisé

Le Kremlin a de bonnes raisons de se soucier d’une participation qui s’annonce très basse, d’après les sondeurs. Le centre Levada prévoit que seuls 54% des Russes ont l’intention de se rendre aux urnes le 18 mars prochain. Lors des deux précédentes réélections de Vladimir Poutine (en 2004 et 2012), le taux de participation avait été de 65%. Le directeur du centre Levada, Lev Goudkov, note que «l’effet [annexion de la] Crimée s’achève, alors que monte un sentiment d’incertitude. Le niveau de vie s’affaisse et la campagne est molle. Tous ces facteurs pèsent sur la participation.»

La candidate d’opposition Ksenia Sobtchak (36 ans, validée mardi par la commission électorale) dénonce l’appel à l’abstention lancé par Alexeï Navalny, dont elle se disait proche il y a encore deux mois. «Les élections restent le seul moyen de changer les choses. Les boycotter est inefficace et nocif», indiquait-elle mardi, tout en condamnant «la monstrueuse injustice» consistant à écarter Navalny du scrutin. Mais beaucoup, dans le camp démocrate, voient en Sobtchak un stratagème du Kremlin précisément destiné à relever la participation et à légitimer la réélection de Poutine.

Deux candidats inconnus

Deux hommes d’affaires flanquent la journaliste et le président sortant dans cette campagne. Boris Titov, un entrepreneur vigneron de 57 ans, est un admirateur de la politique étrangère de Vladimir Poutine qui limite ses critiques à la politique économique du gouvernement. Son programme concentré sur les intérêts des patrons de PME rétrécit jusqu’à l’absurde sa base électorale.

Le second est encore plus incongru, puisqu’il remplace au pied levé l’indéboulonnable candidat du Parti communiste depuis vingt ans, Guennadi Ziouganov, qui se fait porter pâle un mois après avoir dit qu’il se présentait. Inconnu du grand public, Pavel Groudinine, 57 ans, n’a de communiste que le nom de l’entreprise qu’il dirige: «Sovkhoze du nom de Lénine». «On a l’impression que tous ces candidats sont autant de petits Navalny, raille la politologue Ekaterina Schulmann. Chacun d’entre deux représente un morceau de Navalny sous une forme neutralisée.»

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