Poutine compte, à tort, sur la Chine

«La Russie a tort de considérer la Chine comme un allié et de tourner le dos à l’Occident.» C’est l’avis de Bartlomiej Nowak de la Transatlantic Academy basé à Washington. Pour le politologue, la relation sino-russe sera dominée par Pékin car la Chine pèse bien plus lourd tant sur la scène politique que sur le plan économique. Il estime que Vladimir Poutine fait fausse route en imaginant que l’économie russe puisse couper les ponts avec l’Europe. «C’est faux. La Russie fait partie intégrante de l’économie européenne et mondiale», dit-il. Il déplore que Moscou s’engage sur une voie protestataire en voulant s’opposer à l’intégration pacifique du continent européen.

Pour le politologue, Vladimir Poutine espère que le temps, plus particulièrement le changement de régime aux Etats-Unis, jouera en sa faveur. «Il a de nouveau tort, dit-il. Le vrai changement, qui sonnera le glas pour lui, viendra de l’intérieur même de la Russie. Les jeunes et la nouvelle classe moyenne sont pro-européens et rêvent d’une société plus libre et démocratique.»

L’axe Washington-Berlin

Bartlomiej Nowak juge que les mesures prises à ce jour par l’Europe et les Etats-Unis ont eu un résultat mitigé. «Elles ont néanmoins permis d’éviter une confrontation directe entre l’armée russe et les forces de l’OTAN, dit-il. Mais que se passera-t-il si la situation dégénère en Ukraine, en Moldavie ou en Géorgie, des pays qui ne sont pas alliés mais qui aspirent à un rapprochement avec l’UE?» Le nœud gordien est de savoir, selon le chercheur, si les peuples sont libres ou pas de choisir leur destin et leurs alliances. «Il est évident que Moscou désire conserver sa sphère d’influence à tout prix dans des pays qui n’en veulent pas», fait-il remarquer.

Sur le même registre, le chercheur craint que le statut de la Crimée, territoire ukrainien mais annexé en violation du droit international, disparaisse des agendas. Il regrette que l’annexion soit parfois considérée comme un fait accompli et qu’elle ne soit plus dénoncée comme un acte illégal.

Le politologue explique que certaines stratégies déployées vis-à-vis de Moscou ne donnent pas les résultats escomptés en raison des divergences entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Il plaide dès lors pour une meilleure collaboration entre les deux puissances, plus particulièrement entre Washington et Berlin. Selon Bartlomiej Nowak, les tensions nées l’an dernier suite au scandale d’écoutes téléphoniques et d’accès aux données informatiques par la National Security Agency (NSA) ont plombé les relations bilatérales. «Il faut commencer par réparer les dégâts si on veut éviter de prendre des décisions basées sur le plus petit dénominateur commun», estime le chercheur.