C'est «une nouvelle étape de la guerre», dit Le Monde. L'aviation russe a donc lancé mercredi ses premiers bombardements en Syrie. «Pourquoi cette intervention (...) alors qu’une coalition internationale menée par les Etats-Unis bombarde depuis un an les positions des djihadistes de Daech? Quels sont les objectifs poursuivis par Moscou?» BFMTV décrypte l'événement avec le reporter français Christian Makarian, spécialiste des questions internationales.

Le ministère russe de la défense a, de son côté diffusé les images de frappes, reprises par l'AFP:

Pour l'heure, il est toutefois encore peu sûr que ces frappes visaient réellement l'EI ou d'autres opposants au régime de Bachar el-Assad. Cité par Courrier international, le quotidien russe Moskovski Komsomolets confirme la première option, en disant que les cibles visées étaient «des dépôts de munitions et réserves de carburant, ainsi que du matériel militaire de l’organisation terroriste». Elles se situaient, semble-t-il, «dans la province de Homs où les combattants de Daech contrôlent la ville de Al-Qaryatayn» et «où ils ont démoli en août un monastère chrétien au bulldozer».

«Liquider les terroristes»

Dans un autre article du même journal, «immédiatement après; Poutine aurait réuni ses ministres pour leur expliquer qu’il fallait «liquider les terroristes sur les territoires qu’ils ont conquis» et «agir avant qu’ils n’arrivent chez nous». Mais l'éditorialiste Mikhaïl Rostovski est, lui, perplexe, voire inquiet:

L’Amérique bombarde depuis longtemps les positions de Daech. Sans succès. Pourquoi cela devrait-il réussir à la Russie?» Il évoque un danger de représailles en Russie même.

De son côté, le Financial Times se risque à une comparaison avec l'intervention américaine commanditée en 2003 par George W. Bush, en prétendant que les Russes parlent aujourd'hui un peu de «terroristes» pour n'importe qui. En frappant en Syrie, ils compliquent la stratégie des Occidentaux. Pour son éditorialiste, il est «à la mode» aujourd'hui de prétendre que Poutine est l'homme incontournable dans ce conflit: on verra ce qu'il en advient «lorsque du personnel militaire commencera à mourir en Syrie». Pour l'heure, il semble qu'il y ait 36 civils tués.

Poutine en pompier

N'empêche: «Le pyromane se transforme en pompier», selon les Salzburger Nachrichten, que cite Eurotopics.

Obama doit se résoudre à ce changement de rôle de Poutine, sa propre stratégie pour la Syrie ayant échoué: il avait refusé de fournir des armes aux rebelles modérés dans l'Etat dirigé par Assad. Le projet de vouloir mettre en place contre Assad des forces d'opposition armées formées par des agents américains arrive trop tard et s'avère inefficace.

Le Club de Mediapart en tire un certain nombre d'enseignements, tout à fait intéressants et détaillés, avec des cartes explicites, même si «la réalité oblige à reconnaître» que les Russes sont déjà très actifs «depuis plusieurs jours»: «Cela fait plusieurs semaines que des troupes spéciales (...) s'impliquent dans le conflit. La nouveauté est le caractère très médiatisé de ces frappes, dont l'objectif est moins de lutter contre les djihadistes de l'EI / Daech, que de soutenir le régime d'Assad.

Et sans doute de rivaliser avec les Etats-Unis dans la région. Moscou aussi bien que Washington possèdent des capacités militaires à très grande distance.