Le sextennat de Vladimir Poutine, 59 ans, démarre ce lundi par un échange de postes avec le président sortant Dmitri Medvedev. Le premier ministre retourne au Kremlin avec l’intention affichée de maintenir la stabilité du pouvoir politique. C’était son maître mot pendant la campagne. Cette stabilité va se traduire cette semaine avec la formation du nouveau gouvernement, dont on sait qu’il sera dirigé par son loyal vassal Dmitri Medvedev. La semaine dernière, le quotidien Vedomosti avait dévoilé sa composition à partir de sources haut placées au Kremlin. Si les informations sont justes, les ministres les plus impopulaires seront remerciés tandis qu’une bonne moitié restera en place (Finances, Défense, Industrie) avec plusieurs ministres actuels réaffectés à d’autres postes.

Fiodor Loukianov, un politologue proche du Kremlin, souligne que «les gens [de l’âge de Poutine] goûtent en général peu le changement. Par conséquent, il n’y a pas de raison de s’attendre à l’apparition d’un nouveau Poutine. Il a une vision claire de la manière dont la Russie doit se développer, qui peut être qualifiée de modérément conservatrice.»

Etat providence

Pendant la campagne électorale, l’homme qui dirige la Russie depuis 2000 a promis de très importantes dépenses sociales pour rassurer ses électeurs. S’appuyant sur la rente pétrolière et un faible endettement budgétaire, il entend bâtir un Etat providence digne de l’Union soviétique. Récemment, il a utilisé le mot dostroïka (finition d’une construction) pour résumer sa politique, par opposition à perestroïka (reconstruction), qui symbolise pour lui l’erreur gorbatchévienne d’avoir provoqué la destruction de l’URSS en tentant de modifier trop radicalement la structure politique.

Vladimir Poutine veut aussi un réarmement très coûteux de l’armée russe, qui va peser considérablement sur le budget. L’effort militaire est à la fois un signal de très grande fermeté envoyé aux rivaux géopolitiques, mais aussi la volonté de remettre sur pied le complexe militaro-industriel, qui était le pilier central de l’économie soviétique. «Poutine voit le monde qui l’entoure comme extrêmement dangereux, imprévisible et chaotique», affirme Fiodor Loukianov.

Sur la politique économique, l’accent n’est plus mis sur la modernisation et la lutte anti-corruption (axes prioritaires de son prédécesseur), mais sur la consolidation d’un capitalisme d’Etat doté d’une politique fiscale sévère. La semaine dernière, la pression fiscale vient d’être drastiquement relevée pour les producteurs de gaz et de pétrole, afin de puiser les ressources nécessaires aux dépenses sociales et militaires. Point de réformes libérales à l’horizon par contre, ni dans l’économie ni dans le système politique. Vladimir Poutine a répété plusieurs fois son opposition au retardement de l’âge de la retraite réclamé par certains ténors de son propre camp politique.

Opposition désunie

L’opposition a rejeté en bloc des réformes qualifiées de «factices» comme le retour des élections directes des gouverneurs provinciaux, l’enregistrement plus facile des partis politiques et la création d’une «télévision publique». L’opposition voit dans le sextennat à venir «la répétition de l’ère de stagnation brejnévienne», comme l’explique le libéral Leonid Gozman. Pour Vladimir Ryjkov, un des leaders de l’opposition, «le Kremlin s’apprête à créer encore davantage de corporations d’Etat non transparentes tandis que l’opinion est de plus en plus intolérante envers le siphonage du budget d’Etat, les privilèges excessifs des officiels et la fusion entre l’Etat et les affaires». Même Fiodor Loukianov note que le capitalisme d’Etat prôné par Vladimir Poutine conduit à «une économie de monopoles incapable de produire des innovations efficaces».

La frustration des opposants à Poutine est d’autant plus cuisante qu’elle n’a pas débouché sur la création d’un mouvement populaire capable d’exercer un réel contre-pouvoir. Divisée idéologiquement et brouillée par de nombreux conflits interpersonnels, l’opposition peine à mobiliser dans la rue. Une manifestation organisée dimanche dans le centre de Moscou pour protester contre les fraudes électorales et le retour au Kremlin de Vladimir Poutine n’a pas réussi à rassembler autant que des événements comparables l’hiver passé. La «révolution blanche» fond doucement sous le soleil printanier au grand bonheur du tsar Poutine.