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Les deux suspects russes, Alexander Petrov et Ruslan Boshirov (noms d'emprunt), filmés par une caméra de surveillance le 4 mars 2018 à Salisbury, en Angleterre.
© Metropolitan Police via Getty Images

Russie

Poutine invite les suspects à la télévision

Huit jours après les révélations fracassantes de Londres sur les deux suspects de l’attaque au gaz Novitchok, Moscou promet une explication alternative

Ce sont des citoyens ordinaires et non des criminels. Peut-être bientôt des députés du parlement russe? Le président Vladimir Poutine a pris la défense mercredi des deux individus que Londres considère comme des agents du GRU (renseignement militaire) ayant tenté d’empoisonner le transfuge russe Sergueï Skripal et sa fille en mars dernier à l’aide d’une substance neurologique appelée Novitchok. En 2006, les deux agents russes soupçonnés d’avoir tué à Londres l’opposant Alexandre Litvinenko à l’aide du poison radioactif polonium-210 sont devenus des célébrités et l’un d’eux, Andreï Lougovoï, est devenu parlementaire.

Les révélations de Scotland Yard

S’exprimant dans le cadre d’un sommet économique à Vladivostok, Vladimir Poutine a mis huit jours pour réagir aux révélations des autorités britanniques. Le 5 septembre, Londres a diffusé les photographies des deux suspects et leur itinéraire détaillé depuis leur arrivée à l’aéroport de Gatwick le 2 mars, leur hôtel londonien, leur présence à Salisbury les 3 et 4 mars (où s’est déroulée la tentative d’empoisonnement), et jusqu’à leur départ le 4 mars en avion vers Moscou.

Scotland Yard a révélé les noms figurant sur leurs passeports (Alexander Petrov et Ruslan Boshirov), suggérant qu’il s’agit d’identités d’emprunt et que leurs vrais noms sont connus. La première ministre britannique, Theresa May, a déclaré savoir «de manière presque certaine que l’attaque a aussi été approuvée en dehors du GRU, au plus haut niveau de l’Etat russe».

Puissante couverture

«Nous savons qui ils sont, nous les avons trouvés», a riposté hier le président Poutine. «J’espère qu’ils vont se faire connaître d’eux-mêmes et tout raconter. Ce serait le mieux pour tout le monde. Il n’y a là rien de spécial, rien de criminel, je vous assure. Nous le verrons dans un futur proche.» Quelques heures plus tard, la télévision d’Etat russe indiquait qu’Alexandre Petrov a suggéré qu’il s’exprimerait publiquement sur l’affaire «la semaine prochaine».

Fontanka, un site d’information russe connu pour la qualité de ses enquêtes, avait débusqué dès le soir des révélations britanniques le 5 septembre l’adresse moscovite où Ruslan Boshirov est enregistré et appris que ses voisins ne l’ont jamais vu. On ignore tout d’Alexander Petrov (un nom extrêmement répandu en Russie). Un homme portant le même nom et la même date de naissance travaille pour une société d’Etat russe produisant des vaccins. Mais aucune autre information n’a transpiré en Russie depuis une semaine, suggérant que les deux hommes bénéficient d’une puissante couverture.

Passeports douteux

Reste qu’avant la tentative d’assassinat, Scotland Yard a pu établir que les deux hommes ont beaucoup voyagé à travers l’Europe avec leurs passeports douteux. Fontanka a trouvé des billets d’avion montrant qu’ils ont visité à plusieurs reprises Genève, Milan, Amsterdam et Paris après septembre 2016. La Suisse les a tout particulièrement intéressés, puisqu’ils s’y sont rendus au moins six fois durant les mois précédant l’attaque au Novitchok. Alexander Petrov (l’homme sans barbe sur les photographies) se trouvait à Genève un peu moins d’un mois avant la tentative d’assassinat.

Face aux éléments accablants pour Moscou fournis par Scotland Yard, un ancien du KGB suggérait dès le 5 septembre une recette destinée à contrer Londres dans le champ médiatique. A savoir, le soir même des révélations, présenter dans une émission télé populaire les deux suspects, deux braves types pacifiques, entourés de leurs femme, enfants, amis… bref une scène «que n’importe quel journaliste local pourrait facilement vérifier», ironisait dans son blog Guennadi Goudkov, vétéran des services secrets et ancien député d’opposition.

Gagner du temps

Mais Vladimir Poutine a mis huit jours pour suggérer qu’une telle réponse serait possible, et il faudra encore attendre «la semaine prochaine» pour qu’elle soit présentée au public. Il s’agit apparemment de gagner du temps pour élaborer une mise en scène crédible. Toute la semaine dernière, le Ministère des affaires étrangères russe et les médias d’Etat ont cherché à discréditer les éléments d’enquête britanniques à travers des explications à caractère complotiste.

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