Revue de presse

Poutine montre que c’est lui qui impose le tempo de la crise syrienne

Le président russe, prenant tout le monde de court, a ordonné le retour au pays du gros de ses troupes au moment où démarrent les négociations de Genève. Une manœuvre utile? Les médias sont circonspects

La Russie a donc entamé le retrait de ses équipements militaires en Syrie, indique ce mardi le Ministère de la défense quelques heures après que le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a annoncé le départ de la majeure partie de son contingent via un communiqué détaillé sur Sputnik News. La guerre, puis l’apaisement: le maître du jeu en Syrie a parlé. Et depuis, «les techniciens ont commencé à préparer les avions à des vols de longue durée vers leurs bases», et le personnel militaire est en train de charger de l’équipement et du matériel à bord de ses appareils.

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«On ignore toutefois l’ampleur exacte de ce retrait, précise Le Monde, puisque la Russie n’a jamais détaillé ses effectifs présents en Syrie.» Mais c’est plutôt «abrupt», comme effet d’annonce, aux yeux du Guardian: «Il va falloir attendre de voir de voir ce que cela signifie. C’est du Poutine tout craché. Il a déjà fait des déclarations similaires dans le passé sans que rien ne se passe», a confié au quotidien britannique un diplomate qui participe aux pourparlers à Genève, a traduit Courrier international.

Le fait est que selon la BBC, «le président russe veut que cette guerre se termine» car «il ne peut s’offrir le luxe d’y participer davantage». Alors, manœuvre pour permettre aux négociations de Genève de produire de vrais résultats? Un diplomate «proche des Russes et des Syriens» le suppose: sinon, écrit le Financial Times qui a recueilli ses propos, tout cela ne serait «que du théâtre».

«Coup de théâtre»

Mais le moins que l’on puisse dire est que cette annonce, lundi soir, a surpris: «C’est ce qu’on appelle un coup de théâtre», selon Euronews, et la prudence est donc de mise. «S’agit-il d’une réelle volte-face ou d’un simple retrait tactique, voire d’une pause qui a priori ne devrait pas concerner les groupes classés comme terroristes, Daech et le Front al-Nosra?» se demande Le Figaro.

«A travers cette annonce, Moscou chercherait à promouvoir des opposants adoubés par la Russie, c’est-à-dire des Kurdes jusque-là évincés des pourparlers et d’autres, basés eux aussi en Syrie, qui formeraient l’ossature d’un futur gouvernement de transition.» Pour le Wall Street Journal, il s’agit plus simplement d’un retrait du «bourbier» en Syrie, «où l’Etat islamique contrôle encore la majeure partie du territoire».

«S’il y a retrait, même incomplet» – mais les mouvements de ce mardi semblent le confirmer – «la Russie se doit de le compenser par une intensification de ses efforts diplomatiques, d’autant plus que le président russe va le présenter comme une importante concession de sa part», prévient Libération. Car l'«organe de transition» à Damas, qui est «doté de tous les pouvoirs, avec des élections législatives et présidentielle dans les douze mois» a été qualifié de «mère de toutes les solutions» par l’envoyé spécial suédois de l’ONU pour la Syrie, Staffan De Mistura (lire ici son entretien avec Le Temps).

Incertitudes à Genève

Mais «le sort et a fortiori l’issue» des négociations qui s’ouvrent à Genève sont pour le moins incertains, conclut le magazine en ligne Slate au terme d’un long article sur l’échec des Occidentaux en Syrie. Et aujourd’hui, «la Russie et l’Iran, sans lesquels le régime de Bachar el-Assad n’a pas d’avenir, n’ont pas intérêt à épuiser leurs ressources dans une poursuite du conflit. Toutefois, le compromis qu’ils pourraient être disposés à accepter sera loin des objectifs que les Occidentaux envisageaient il y a cinq ans et qu’ils ne se sont jamais donné les moyens d’atteindre.»

Malgré le fait que Vladimir Poutine et Barack Obama aient eu une conversation téléphonique cette nuit au cours de laquelle, selon le Kremlin, «les présidents ont appelé à l’intensification du processus de règlement politique du conflit syrien et exprimé leur soutien aux discussions des Nations unies […] entre le gouvernement syrien et l’opposition», le site Politico ne doute pas non plus que le premier ait à nouveau imposé sa volonté au second.

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