Heurts entre policiers et manifestants à Téhéran

Des heurts ont opposé mercredi des manifestants réformateurs aux forces de l’ordre iraniennes dans le sud de Téhéran, a annoncé un témoin. Il a précisé que ces affrontements n’avaient pas de victime.

La police anti-émeutes a elle fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser la foule.

Forte présence policière à Téhéran

La présence de centaines de policiers antiémeutes et de miliciens islamiques mercredi dans le quartier du Parlement à Téhéran a dissuadé quelques centaines de personnes présentes de se rassembler pour protester contre les résultats de la présidentielle, selon des témoins.

Les policiers antiémeutes avaient quadrillé tout le quartier dès 15h00 (10h30 GMT). Des rumeurs avaient circulé auparavant sur une nouvelle manifestation à 16h00 locales.

Armés de bâtons et de boucliers, portant des casques, les policiers demandaient aux gens de se disperser, ont affirmé ces sources.

Quelques centaines de personnes, visiblement venues pour manifester, se sont contentées de déambuler sur les trottoirs sans scander de slogans et sans porter de pancartes.

La place Bahartestan est restée ouverte à la circulation et les magasins n’ont pas fermé.

Le ministre de l’Intérieur a interdit toute manifestation au cours des prochains jours.

La situation semble redevenir calme depuis lundi, alors que les manifestations étaient quasi quotidiennes après l’annonce le 13 juin des résultats de la présidentielle donnant à Mahmoud Ahmadinejad une large victoire face à son principal concurrent, l’ex-Premier ministre Mir Hossein Moussavi.

L’Iran ne cédera pas à la force

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré mercredi que les autorités ne «céderaient pas» à la force face à la vague de manifestations qui ont suivi la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad.

«Lors des récents incidents concernant l’élection, j’ai insisté (sur la nécessité) d’appliquer la loi et je continuerai d’insister (là-dessus). Ni le système, ni le peuple, ne céderont à la force», a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec les députés, selon la télévision d’Etat.

Depuis la réélection du président sortant le 12 juin, l’Iran est le théâtre de manifestations de protestation sans précédent depuis la révolution de 1979, qui ont fait au moins 17 morts et une centaine de blessés.

Le guide suprême a également appelé les députés à coopérer avec le gouvernement. «Ne soyez pas trop durs avec le gouvernement. Traitez avec lui de manière amicale et gentille», a-t-il déclaré. «Les affaires de l’exécutif sont difficiles, et sur ce chemin épuisant et accidenté, le gouvernement doit être aidé», a-t-il dit.

Le président du Parlement, Ali Larijani, avait estimé lundi qu’une «grande partie des gens» avaient «perçu le résultat de l’élection comme étant différent du résultat annoncé officiellement», ajoutant que cette «perception» devait «être respectée»

Arrestation de journalistes pro-Moussavi

Les arrestations ont eu lieu lundi soir mais c’est seulement ces dernières heures que l’information a filtré: vingt-cinq employé de Kalameh sabz (le mot vert), le quotidien du candidat malheureux à la présidentielle Mir Hossein Moussavi, ont été arrêtés par la police, dont une vingtaine de journalistes. Cinq femmes ont été libérées hier soir, selon un des responsables du journal..

Le site web de la télévision iranienne anglophone financée par l’Etat Press TV ne mentionne pas le nom du quotidien, qui a été interdit au lendemain de l’élection, mais signale que des documents ont été trouvés à ce «quartier général de l’agitation… et de la guerre psychologique» qui montrent qu’un complot contre la sécurité du régime était en préparation, avec l’appui d’éléments étrangers.

Par ailleurs, l’AFP signale que deux quotidiens ultraconservateurs ont lancé de violentes attaques contre M. Moussavi ce mercredi, avec ce titre en une de Kayhan: «Vague populaire pour demander à Moussavi des comptes sur le sang versé».

■ Joueurs de football sanctionnés

Six joueurs de l’équipe nationale de football, sport très populaire en Iran, avaient arboré un brassard vert aux couleurs de l’opposition lors d’un match de sélection pour le Mondial 2010 contre la Corée du Sud, jeudi 18 juin, faisant sensation. Quatre d’entre eux viennent d’être exclus à vie de l’équipe nationale, dont le héros national Ali Karimi, selon l’agence Irna.

■ Retrait de la plainte d’un candidat

Un autre des trois concurrents de Mahmoud Ahmadinejad, le conservateur Mohsen Rezaï, a retiré sa plainte contre les conditions du scrutin, arguant du peu de temps accordé par les autorités pour examiner les irrégularités. Il cite aussi le fait que «la situation politique, sécuritaire et sociale du pays soit entrée dans une phase sensible et déterminante qui est plus importante que les élections» selon l’agence officielle Irna.