Education  

«Le pouvoir polonais veut créer des citoyens catholiques ultra-conservateurs à l’image du parti»

La nouvelle réforme de l’éducation imposée par le parti conservateur Droit et Justice, au pouvoir, crée une vive polémique en ces débuts de rentrée scolaire. L’analyse, critique, de l’historien Piotr Podemski

La Pologne connaît ces jours une rentrée scolaire houleuse. Après la refonte du système judiciaire, qui vaut au pays des tensions inédites avec l’UE, une vaste réforme scolaire, promulguée par le parti populiste et conservateur Droit et Justice (PiS) dirigé par Jaroslaw Kaczynski, suscite la controverse.

Entrée en vigueur le 1er septembre, la nouvelle loi sur l’éducation réintroduit la structure du système scolaire communiste supprimé en 1999. L’actuel système à trois niveaux (école primaire, collège et lycée) est remplacé par un système à deux niveaux qui entraîne la suppression des collèges (équivalent du cycle d’orientation). L’école ne sera plus obligatoire à 6 ans, mais à 7. Piotr Podemski, professeur d’histoire à l’Université de Varsovie et responsable des questions liées à l'éducation au sein de la Fondation Geremek, critique ces mesures.

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Le Temps: Quel est le but d’une telle réforme selon le gouvernement?

Piotr Podemski: La réforme a pour but d’aider les adolescents jugés trop indisciplinés en suivant la formule «plus d’écoles secondaires, plus de problèmes». Les quelques avantages avancés par les partisans de cette loi concernent «le bien-être de l’enfant», c’est-à-dire garder les élèves dans le même environnement jusqu’à l’adolescence et ne pas les scolariser trop tôt. Mais cela n’est qu’un prétexte. Le rêve du PiS est de créer des citoyens catholiques ultra-conservateurs à l’image du parti. Ils veulent aussi véhiculer une idéologie nationaliste aux élèves: travailler dur pour le succès de sa nation et être prêt à mourir pour elle.

Quelles branches sont les plus touchées?

Les programmes scolaires promulgués par le Ministère de l’éducation tendent vers une uniformisation de l’Histoire. De grandes figures comme Lech Walesa occupent désormais une place minime dans les manuels scolaires. Pour le PiS, il a toujours été considéré comme un trop fort critique du gouvernement en place. Le parti l’accuse même d’avoir été un espion communiste dans les années 80! Il n’est désormais plus considéré comme un personnage clé dans l’enseignement de l’Histoire… Alors qu’il est un panthéon national pour les Polonais! D’autres enseignements véhiculent des valeurs pédagogiques effrayantes. L’éducation sexuelle met sur pied d’égalité contraception et avortement. Les théories darwinistes sont désormais bannies des cours de biologie et relayées au cours de religion. L’autre problème, c’est la précipitation dans laquelle cette loi a été écrite: les programmes ont été rédigés trop vite. On ne sait même pas qui les a écrits.

Doit-on craindre une dérive dictatoriale?

Absolument. Malgré de fortes contestations et des grèves, le gouvernement continue à faire la sourde oreille. Une pétition lancée en février et qui a recueilli un million de signatures afin que cette loi fasse l’objet d’un référendum a été rejetée par le parlement, sans aucune concertation avec le peuple. Après la loi votée en juillet qui renforce le contrôle du pouvoir exécutif sur le système judiciaire, la Pologne revêt de plus en plus les allures d’un système dictatorial. Le climat de propagande nationaliste qui règne actuellement devient vraiment inquiétant.

Comment les enseignants peuvent-ils contourner cette réforme?

Certains enseignants conservateurs soutiennent le PiS et voient ce changement comme étant bénéfique. Le climat contestataire ne se retrouve pas dans toutes les couches de la population.

Pour les enseignants qui s’opposent à la réforme, il reste néanmoins une marge de manœuvre: il est impossible de poster un policier dans chaque classe pour s’assurer que le programme soit bien suivi. C’est donc à nous de continuer le combat, de nous battre pour véhiculer nos idées et de refuser cette pédagogie réductrice.

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