Pour la première fois dans un pays de l'ancienne Europe communiste, le gouvernement tchèque a rendu publique jeudi une liste exhaustive des dizaines de milliers d'anciens agents de l'ancienne police secrète qui surveillait tous les faits et gestes de la population. Tirée dans un premier temps à 3000 exemplaires, la liste officielle des anciens collaborateurs de l'ex-police secrète StB (Statni Bezpecnost) est aussi disponible sur le site du Ministère tchèque de l'intérieur (http://www.mvcr.cz). La publication fait suite à une décision du parlement tchèque prise l'an dernier.

La liste comprend quelque 125 000 articles, un chiffre supérieur au nombre réel de personnes qui figurent sur la liste, car de nombreux noms s'y répètent plusieurs fois, a-t-on expliqué au Ministère de l'intérieur. Une porte-parole s'est refusée à donner le nombre précis de collaborateurs répertoriés.

Jamais depuis la chute du communisme il y a treize ans, un gouvernement n'est allé aussi loin pour donner accès aux dossiers de la police secrète. Pourtant, pour les partisans rigoureux d'une transparence totale, la décision est bien tardive. Le gouvernement a en fait officialisé une liste officieuse de collaborateurs de la StB publiée dès 1992 par un ennemi juré du communisme, Petr Cibulka. Profitant d'une confusion dans les rangs du Ministère de l'intérieur peu après l'écroulement de la dictature, Cibulka a réussi à se procurer la liste confectionnée par la StB. La liste contient le nom, le prénom, le surnom clandestin, la date de naissance et le niveau de la collaboration établi entre l'intéressé et la police secrète.

De nombreux Tchèques et Slovaques ont pu apprendre, grâce à l'obstination de Petr Cibulka, que certains de leurs voisins, collègues de bureau ou même amis intimes avaient signé un acte de collaboration avec la police secrète. Nombreux sont ceux qui affirment qu'ils n'ont pas travaillé pour la StB et qu'ils ont simplement signé un document à la suite d'un chantage de la police.

Depuis 1996, comme dans beaucoup de pays postcommunistes, les Tchèques intéressés ont le droit de consulter les dossiers qui les concernent. Les noms des tiers y sont noircis. Environ 3500 personnes ont effectué cette démarche jusqu'à présent.