Ce projet devrait permettre de transporter 700’000 barils de pétrole extraits des sables bitumineux de l’Alberta au Canada jusqu’aux raffineries du Golfe du Mexique. Le pipeline long de 3200 kilomètres dont une partie existe déjà en Louisiane, n’a pas encore obtenu l’aval de la Maison-Blanche depuis près de deux ans.

Or vendredi, le Département d’Etat a publié un rapport relevant que l’impact environnemental du pipeline Keystone serait minimal et qu’il serait plus important si le pétrole était transporté par d’autres moyens, notamment par le rail. Le rapport de Foggy Bottom souligne qu’un refus de l’oléoduc ne profiterait en rien à la lutte contre le réchauffement climatique, car l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta allait se développer quoi qu’il arrive. Le Département d’Etat ne recommande pas une approbation du projet, mais il libère la voie pour Barack Obama.

Or le président américain a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l’une des priorités de son second mandat. Il a martelé la nécessité d’agir lors de son discours d’investiture le 21 janvier dernier et lors du discours sur l’état de l’Union le 12 février. 35’000 opposants à la construction du pipeline s’étaient réunis en février sur le National Mall à Washington pour exhorter la Maison-Blanche à ne pas donner le feu vert au projet. Les milieux environnementaux ont d’ailleurs contribué à la réélection de Barack Obama en novembre 2012.

Des représentants de Sierra Club, l’un des groupes de pression les plus vieux des Etats-Unis dans le domaine environnemental, ont fustigé le rapport du Département d’Etat, estimant qu’il est «rempli de lacunes». Directeur de l’association Oil Change International, Stephen Kretzmann est catégorique: «Le Département d’Etat omet de signaler que l’oléoduc va sans doute générer une exploitation supplémentaire de 450’000 barils de pétrole issus des sables bitumineux.» Or l’extraction de ce type de pétrole est très énergivore et produit beaucoup plus de gaz à effet de serre que l’or noir obtenu à partir de champs pétroliers traditionnels. Professeur à la Columbia University cité par le Guardian, James Hansen, l’un des experts mondiaux parmi les plus respectés en matière de changement climatique, a lui aussi publié un commentaire au sujet du rapport: «Dire que les sables bitumineux ont peu d’impact sur le climat est une absurdité.»

Du côté des républicains, on jubile. Le président de la Chambre des représentants John Boehner l’a déclaré dès vendredi: «Le rapport montre clairement qu’il n’y a aucune raison de bloquer un jour de plus la construction de ce pipeline essentiel.» Ambassadeur canadien à Washington, Gary Doer a lui aussi voulu montrer le caractère inéluctable de l’exploitation accrue des sables bitumineux de l’Alberta. Ceux-ci donnent au gouvernement de Stephen Harper, lequel s’est délié des obligations découlant du protocole de Kyoto, un levier de pouvoir considérable à Ottawa, car ils représentent la source principale de revenus du pays. «Le pétrole canadien et par conséquent celui du Dakota du Nord et du Montana, accéderont d’une manière ou d’une autre au marché.» Dans un éditorial publié lundi, le Wall Street Journal, enfonce le clou: «La Maison-Blanche est à court d’excuses pour continuer à retarder l’approbation de cet investissement de 5,3 milliards de dollars qui créerait 16’000 emplois voire plus.»

Le Département d’Etat a, sous Hillary Clinton, regardé le projet Keystone XL plutôt d’un bon œil. Certains se sont même demandés s’il n’y avait pas un relent de conflits d’intérêt. Le lobbyiste en chef de TransCanada (société en charge du projet) à Washington se nomme Paul Elliott. Il était l’un des responsables de la campagne électorale d’Hillary Clinton en 2008. Quant à l’ambassadrice à l’ONU Susan Rice, elle a, avec son mari, des actions dans TransCanada pour une somme oscillant entre 300’000 et 600’000 dollars ainsi que pour 1,25 million dans des sociétés exploitant le pétrole canadien.

En approuvant la construction du Keystone XL, Barack Obama pourra désamorcer l’opposition des républicains et celle de ceux qui estiment qu’il n’en fait pas assez pour lutter contre le chômage de millions d’Américains. Mais il risque de fâcher pour longtemps les milieux environnementaux et de brouiller son message en matière de lutte contre le réchauffement climatique.