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L'Office des Nations unies à Genève 
© MARTIAL TREZZINI

Nations unies

La précarité des stagiaires onusiens

A l’ONU, de nombreux stagiaires non rémunérés connaissent des difficultés financières. La Fair Internship Initiative (FII) a récemment publié un rapport dressant un état des lieux inquiétant de l’expérience onusienne faite par ces milliers de jeunes diplômés

«Sentiment d’infériorité. Esclavage moderne.» Les mots choisis par un ancien stagiaire des Nations unies sont forts. La plupart des stages proposés par l’ONU ne sont pas rémunérés. D’une durée de deux à six mois, ils mettent les jeunes dans une situation précaire et excluent ceux qui ne peuvent pas se permettre de travailler gratuitement. D’après la Fair Internship Initiative (FII), l’ONU est «en inadéquation avec ses propres valeurs». Cette coalition, composée de stagiaires et d’étudiants universitaires, milite pour que les Nations unies s’engagent à garantir des stages accessibles à tous.

Mardi dernier, lors de la journée mondiale de la justice sociale, la FII a publié un rapport sur la situation des stagiaires onusiens dans le monde. Parmi les personnes interrogées, 64% viennent de pays à revenu élevé. 83% des stagiaires ne reçoivent aucun soutien financier de la part de leur employeur onusien. De plus, 83,5% des stagiaires non payés n’auraient pas pu entreprendre de stage sans le soutien économique de leur famille. Et la moitié d’entre eux affirment que le stage a généré des difficultés financières pour eux et leur famille.

Disparités géographiques

Définis par le Secrétariat de l’ONU comme un moyen de «renforcer les connaissances» et de se familiariser avec les «actions menées aux Nations unies», les stages sont caractéristiques d’une pratique discriminatoire basée sur la richesse, d’après la FII. Sans contribution financière, certains stagiaires doivent s’endetter, voire multiplier les petits boulots, généralement dans l’économie informelle. Même dans les cas où les stages sont modestement payés (quelques centaines de francs par mois), la contribution reçue ne parvient pas à soulager financièrement les stagiaires. En 2016, Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU, affirmait que la majorité d’entre eux recevaient une bourse de la part d’un gouvernement ou d’une institution. Or, ils sont seulement un quart à bénéficier d’un tel apport financier, selon le rapport de la FII.

Ce rapport relève aussi l’importante disparité géographique parmi les stagiaires. La Charte des Nations unies promeut la diversité. Pourtant les étudiants des pays du Sud sont moins à même de pouvoir travailler sans aide financière. La majorité des stages proposés se trouvant à Genève et à New York, prendre en charge l’ensemble des frais paraît ardu. «Il est difficile d’investir dans une carrière dans les organisations internationales lorsque l’on vient de pays en voie de développement», commente un ancien stagiaire.

Augmentation du nombre de stagiaires et stagnation du budget

Pour Ian Richards, représentant des employés de l’ONU à Genève, «les Nations unies dépendent de leurs stagiaires. Elles devraient pouvoir fonctionner sans eux, pourtant ce n’est pas le cas.» A travers le monde, l’ONU dépend du travail de plus de 4000 stagiaires. Entre 2006 et 2015, le nombre de stages a augmenté de moitié, tandis que les postes de premier niveau (P1), déjà rares, ont diminué dans la même proportion. La FII constate que «l’usage massif de ces stages, dans un contexte de budget à croissance nulle, est en réalité une manière de remplacer le personnel rémunéré, sans pour autant payer les stagiaires ni leur offrir une perspective de carrière dans l’organisation». Le manque de fonds chez certaines agences onusiennes favorise le recours à la main-d’œuvre bon marché. «J’ai souvent dû rester tard pour effectuer le travail des employés, car mon département ne pouvait pas leur payer les heures supplémentaires», confirme un ancien stagiaire.

Le rapport ajoute que les stagiaires non rémunérés souffrent de conditions de travail moins satisfaisantes que leurs semblables qui sont payés. En général, ils sont davantage confinés à des tâches répétitives pour lesquelles un diplôme d’étude supérieure n’est pas nécessaire. Il est estimé que lors d’un stage non rémunéré, il est deux fois plus probable que la supervision se passe de manière inadéquate. Aussi, presque la moitié des contrats ne stipulent pas les droits du stagiaire non payé, tandis que pour les stages payés, cette omission n’intervient que dans 6,4% des cas.

Des stages professionnellement intéressants

Cependant, les ressentis des stagiaires varient. Certains affirment avoir vécu une expérience gratifiante et enrichissante, qui leur a permis de développer des compétences et un réseau. Ils considèrent également avoir été reconnus dans leur travail. L’opportunité d’assister aux conférences et aux réunions est souvent perçue comme une chance permettant aux stagiaires d’avoir un éclairage sur le fonctionnement et le travail de l’ONU. Aussi, les stages proposés par les Nations unies restent une expérience professionnelle valorisée sur le marché de l’emploi. Les trois quarts des stagiaires répondent que le stage leur a permis d’avancer dans leur carrière.

La FII demande aux Nations unies de «montrer l’exemple en mettant en place des programmes de stages de qualité et accessibles». La décision de ne pas rémunérer les stagiaires a été prise par les Etats membres il y a déjà plusieurs années. Bien qu’elle ne s’applique pas à l’ensemble des agences onusiennes, sa révocation, demandée par de nombreux étudiants et stagiaires, sera un combat de longue haleine.

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