Le premier juge d’instruction dans l’affaire de l’assassinat du petit Grégory a été retrouvé mort mardi, un sac plastique noué sur la tête à l’aide d’un foulard, un mois après la spectaculaire relance de cette affaire qui a bouleversé la France.

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Les premiers éléments de l’enquête font apparaître que le corps de Jean-Michel Lambert, 65 ans, a été découvert par une voisine dans son bureau à son domicile du Mans, dans l’ouest de la France, selon des sources proches du dossier. Aucune trace d’effraction ou de lutte n’a été relevée dans l’appartement de l’ancien magistrat, d’après les premières constatations.

Des erreurs à répétition

Surnommé «le petit juge» pour ses erreurs dans le traitement de cette affaire, Jean-Michel Lambert avait 32 ans lorsque le 16 octobre 1984, le cadavre du petit Grégory, quatre ans, avait été retrouvé ligoté dans une rivière des Vosges (est). Alors seul juge d’instruction à Epinal, il s’agissait de son premier poste.

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Propulsé sous les projecteurs, il avait longtemps été désigné comme ayant été l’un des responsables du fiasco judiciaire dans l’une des énigmes criminelles les plus marquantes en France, avant de retomber dans l’anonymat des prétoires et de se consacrer à l’écriture. Il avait notamment révélé aux journalistes non seulement la teneur des accusations portées par Murielle Bolle, 15 ans, qui venait de lui désigner son beau-frère, Bernard Laroche, comme ayant été le ravisseur de Grégory, mais aussi l’identité de l’adolescente.

Après le meurtre de Bernard Laroche par le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, les soupçons du magistrat s’étaient tournés vers la propre mère de Grégory, Christine Villemin, qui avait été inculpée d’assassinat, placée en détention provisoire, puis renvoyée devant les Assises.

La Cour de cassation avait annulé la mise en accusation, avant que la justice ne rende en 1993 un arrêt de non-lieu pour «absence de charges» contre Christine Villemin, formule inédite aux accents d’excuses judiciaires.

Un livre sur ses considérations personnelles

Entre-temps, l’instruction avait été reprise par un autre magistrat, le juge Maurice Simon, qui avait mis à mal toutes les thèses de Jean-Michel Lambert. Ce sont d’ailleurs aujourd’hui les conclusions de l’instruction Simon qui sont à nouveau exploitées par les enquêteurs.

Figure atypique, fasciné par les médias, Jean-Michel Lambert s’était illustré en 1986 en publiant Le petit juge, dans lequel il faisait des confidences sur sa vie intime et des considérations personnelles.

«Je garderai de lui le souvenir d’un homme qui a été confronté à un dossier difficile, qu’il n’a pas su maîtriser et qui a été pris dans un vertige irrépressible», a réagi Me Thierry Moser, l’avocat qui défend depuis le début les intérêts des parents de l’enfant, Jean-Marie et Christine Villemin. «Quelles que soient les causes de ce qui semble être un suicide, je n’ai aucune animosité envers lui. Je critique les conclusions qu’il a tirées de son instruction mais je ne critiquerai jamais l’homme.»