Russie

Le Premier ministre Dmitri Medvedev accusé de s’être secrètement enrichi

Dans une enquête fouillée, l’opposant Alexeï Navalny jette la lumière sur un système de privilèges et de collusion avec des oligarques. L’affaire ternit l’image du loyal premier ministre de Vladimir Poutine à un an de l’élection présidentielle russe

Le candidat à l’élection présidentielle Alexeï Navalny a porté jeudi un coup au Premier ministre et ancien président russe Dmitri Medvedev en l’accusant d’être «l’un hommes les plus riches du pays et l’un des hauts fonctionnaires les plus corrompus». Dans une enquête minutieuse menée par son «Fonds de la lutte contre la corruption» (FBK), le principal opposant au Kremlin Navalny lève le voile sur les somptueuses résidences, yachts et vignobles possédés en Russie et à l’étranger par le chef du gouvernement, qui a fait toute sa carrière dans la fonction publique. En additionnant les estimations faites par FBK, la valeur totale des biens du second personnage de l’État russe atteindrait 45,5 milliards de roubles, soit 784 millions de francs.

Candidat déclaré à la présidentielle russe de 2018, Navalny s’emploie à démolir l’image d’un Dmitri Medvedev «libéral» et «occidentalisé» par opposition au reste de l’entourage du président Poutine, constitué de vétérans du KGB. Entre 2008 et 2012, alors qu’il gardait au chaud la place de Vladimir Poutine (descendu au poste de Premier ministre), Dmitri Medvedev avait tenté un rapprochement avec Barack Obama et Angela Merkel, raccrochant pour un temps la Russie à l’occident. Premier chef d’État russe ayant démarré sa carrière après la fin de l’union soviétique (il est né en 1965), Dmitri Medvedev s’était fixé comme priorité de moderniser le pays et de mettre fin au «nihilisme légal».

Relations secrètes

Réalisée à partir de sources ouvertes (et donc vérifiables indépendamment), l’enquête identifie les prête-noms utilisés par Dmitri Medvedev et les cadeaux mirifiques reçus de milliardaires russes en échange de privilèges. Tout est parti du piratage en 2014 de l’iPhone du politicien par des hackers russes. Étalée au grand jour, la correspondance du Premier ministre a offert d’innombrables pistes au FBK pour reconstituer le puzzle des relations secrètes de Dmitri Medvedev.

Sur le papier, il n’est propriétaire d’aucun des biens immobiliers, qui appartiennent à une galaxie de fondations gérées par des amis d’enfances et des membres de sa famille. «Le chef du parti Russie Unie a créé un réseau corrompu de fondations de bienfaisance utilisées pour récolter des pots-de-vin auprès d’oligarques», explique Alexeï Navalny dans une vidéo illustrant son enquête. «Vous n’auriez jamais pensé qu’il s’agit d’un de ces êtres malfaisants, de ces milliardaires de l’ombre», raille l’opposant. «Nous nous sommes tous lourdement trompés.»

«Attaques propagandistes»

La porte-parole de Dmitri Medvedev Natalia Timakova a balayé d’une phrase les accusations: «Commenter les attaques propagandistes d’un opposant et d’une personne condamnée [par la justice] est absurde». Une allusion au fait que le Kremlin compte sur la justice pour disqualifier Navalny de la campagne présidentielle de 2018. Les chaînes de télévision ont sans surprise tu la nouvelle, car Alexeï Navalny en est banni depuis des années. Mais le dossier compromettant se répand comme une traînée de poudre sur la toile. La vidéo a déjà été vue plus d’un demi-million de fois en quelques heures.

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Les commentateurs russes s’accordent à dire que les révélations n’entraîneront pas la démission du chef du gouvernement. Dans le passé, les enquêtes de FBK, qui ont égratigné la quasi-totalité de la garde rapprochée de Vladimir Poutine, ne se sont jamais soldées par des limogeages. Mais en sapant son autorité morale, l’affaire pourrait savonner la planche de Dmitri Medvedev au lendemain des présidentielles, lorsque Vladimir Poutine aura l’occasion de former un nouveau gouvernement.

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