Dans son discours d'investiture devant la Knesset, le nouveau premier ministre israélien a affirmé d'une voix pleine d'émotion que la pacification du Proche-Orient était l'objectif prioritaire du gouvernement qu'il préside. La paix avec les Palestiniens, avec les Libanais, avec les Syriens. Sur sa lancée, il a appelé Damas à reprendre sa place à la table des négociations. «La négociation, précisait-il, doit se baser sur les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité.» Il savait que dans la capitale syrienne personne ne trouvera rien à redire, bien qu'il y ait une différence d'interprétation entre les versions anglaise et française de ces résolutions. La version française parle de la nécessité d'évacuer les territoires occupés. La version anglaise parle de territoires. Puis Ehud Barak s'est de nouveau engagé à retirer les troupes israéliennes du Liban d'ici à un an. Ce retrait, ajoutait-il aussitôt comme pour fournir un gage aux populations frontalières, s'effectuera dans le cadre d'un accord assurant la sécurité du nord d'Israël.

Lignes rouges «infranchissables»

Le thème de la paix, tel un leitmotiv, revenait sans cesse dans son discours, mais sans qu'il soit possible de discerner ses intentions, ou les «sacrifices» qu'il est prêt à consentir, pour y parvenir. Comme ses prédécesseurs, Ehud Barak vise à un partage territorial du plateau du Golan, mais contrairement à ses prédécesseurs il est en mesure d'imposer un retrait total de ce territoire occupé en 1967. L'ex-général en chef de Tsahal sait mieux que quiconque que le concept de «profondeur stratégique» a vécu. Quand les missiles irakiens se sont abattus sur la région de Tel-Aviv en 1991, les généraux israéliens se sont rendus à l'évidence: les centres vitaux du pays peuvent être atteints de très loin. Il s'est ensuivi une révision de la stratégie militaire. L'Etat hébreu a commandé à l'Allemagne des sous-marins capables d'être armés de missiles à longue portée. En cas de destruction du pays, ces missiles constitueraient la «deuxième frappe».

Pour avoir passé une bonne partie de sa vie sous l'uniforme, le discours de paix d'Ehud Barak est rassurant aux oreilles des Israéliens. Comme si Israël était suffisamment fort pour ne plus avoir à craindre un autre conflit armé, et se montrer, de ce fait, généreux en matière de concession territoriale.

Le premier ministre n'a par contre pas été si percutant et clair en ce qui concerne la politique économique et sociale. Certes, il s'est prononcé en faveur de la relance de l'économie et de la diminution du chômage, mais à part ces quelques généralités il n'y avait rien de très nouveau. Il a aussi promis à la tribune de la Knesset de faire de l'éducation la priorité des priorités et d'enrayer la montée de la violence dans les établissements scolaires. Si Ehud Barak ne semble pas avoir d'idées précises pour relancer l'économie, son ministre des Finances, Avraham Shohat, qui avait déjà été grand argentier dans le cabinet de Yitzhak Rabin, a juste indiqué combien la politique de paix du premier ministre israélien assassiné avait donné un coup de fouet à l'économie israélienne.

En réaction au discours du nouveau premier ministre d'Israël, Yasser Arafat s'est déclaré prêt à œuvrer main dans la main avec Ehud Barak pour instaurer la paix «des braves». Le premier ministre a toutefois tracé quatre lignes rouges «infranchissables» dans son programme: Israël conservera «à jamais» Jérusalem; la frontière de sécurité d'Israël passera le long du Jourdain; les blocs de colonies de peuplement seront annexés; Israël ne reviendra pas aux frontières de 1967. Le président de l'Autorité palestinienne a demandé à Ehud Barak de renoncer à ces quatre lignes rouges. Il réclame du nouveau premier ministre qu'il fasse preuve de réalisme, notamment sur la question de Jérusalem, pierre d'achoppement à tout règlement définitif. Ehud Barak n'a pas répondu. Mais tout concourt à l'émergence d'une solution «fonctionnelle» à Jérusalem, qui tiendrait compte, selon Yossi Beilin, ministre de la Justice du gouvernement travailliste, «des intérêts légitimes du peuple palestinien».