Tout serait-il déjà réglé comme du papier à musique? Le premier ministre finlandais Jyrki Katainen apparaît de plus en plus comme un successeur potentiel de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Parallèlement, Jean-Claude Juncker, chef de file du Parti populaire européen (centre droit) lors des dernières élections européennes et qui a le soutien des principales forces politiques pour cette fonction, est contesté ouvertement par de nombreux dirigeants. Ce week-end, le premier ministre britannique est allé jusqu’à dire que si l’ancien premier ministre luxembourgeois était choisi, le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne. Le président français François Hollande et le premier ministre néerlandais Mark Rutte y seraient également opposés. La chancelière allemande Angela Merkel soutiendrait, elle, Jean-Claude Juncker.

L’interview accordée au Helsinki Times samedi par Jyrki Katainen n’est pas passée inaperçue. Il y affirme qu’il est prêt à déménager à Bruxelles dès le 1er juillet. Cette date n’est pas un hasard. Son compatriote Olli Rehn, l’actuel commissaire européen à l’Economie, vient de se faire élire comme député européen et aurait choisi de conserver ce mandat. Puisque le mandat de la Commission va jusqu’au 31 octobre, son poste serait repourvu, forcément à un Finlandais. Jyrki Katainen serait alors son successeur. Selon le quotidien, ce poste ne serait qu’un tremplin de plus pour se positionner pour la présidence de la Commission.

Le premier ministre finlandais serait prêt à démissionner de ses fonctions ce mois dès qu’Olli Rohn aura officialisé son choix. «Mon but, et mon espoir, est que je puisse servir l’Union si mes capacités et mon expérience sont jugées suffisants pour cette position», a affirmé Jyrki Katainen. Son nom a été régulièrement évoqué pour occuper l’un des postes clés au sein de l’Union, y compris celui de président du Conseil européen.

Jean-Claude Juncker, lui, est resté impassible ce week-end face à de nombreuses spéculations et menaces, notamment celles du premier ministre britannique. Dans un entretien au journal allemand Bild le 1er juin, il s’est dit «confiant d’être élu prochain président de la Commission d’ici à mi-juillet». Lors d’une réunion au lendemain de la publication des résultats des élections européennes, la conférence des présidents des partis lui a confié une majorité au sein du nouveau parlement. Le PPE a en effet décroché le plus grand nombre de sièges, soit 213, contre 190 pour le Parti socialiste européen, dont la tête de liste était l’Allemand Martin Schulz. La pression sur la candidature de Jean-Claude Juncker est montée d’un cran après le succès des eurosceptiques constaté lors des élections européennes. Le Luxembourgeois serait qualifié d’homme du passé et soupçonné d’être incapable de relever les nouveaux défis.

Pour rappel, selon le Traité révisé de Lisbonne, le président de la Commission est choisi, à majorité qualifiée, par les chefs d’Etat et de gouvernement. Ces derniers doivent toutefois tenir compte des résultats des élections européennes. Il doit également commander une majorité simple au Parlement. Lors du dernier sommet la semaine dernière, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a été chargé de mener une consultation large pour la nomination.

Dans le même registre, la Pologne a confirmé ce week-end la candidature de son ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski pour le poste de chef de la diplomatie européenne. L’actuelle titulaire, la Britannique Catherine Ashton, ne rempile pas pour un nouveau mandat. Le Polonais joue un rôle de premier plan dans le conflit triangulaire UE-Ukraine-Russie.