Le premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany, 47 ans, a proposé samedi sa démission pour permettre la formation d’un nouveau gouvernement. Il s’adressait au congrès de son partii, les socialistes du MSZP à Budapest. Le dirigeant hongrois subit une forte chute de popularité depuis que la crise financière provoque des effets dévastateurs pour les ménages hongrois surendettés et pris à la gorge. Ferenc Gyurcsany, à la tête d’un gouvernement minoritaire, s’adressera lundi au parlement hongrois. Il proposera sa démission pour dénouer la crise qui bloque le fonctionnement de l’Etat.

Sur fond de marasme économique, cette annonce de démission illustre la sévère instabilité politique qui caractérise les démocraties des anciens pays communistes d’Europe centrale devenus membres de l’Union européenne en 2004. En Europe, ce sont ces pays - la Hongrie, les pays baltes, la Roumanie - qui sont les plus fragilisés par la crise financière mondiale.

Ferenc Gyurcsány est le Premier ministre en exercice de la République hongroise depuis le 29 septembre 2004.Il avait accédé à cette charge à la faveur d’une crise politique qui avait coûté sa place au Premier ministre d’alors, Péter Medgyessy.

Le parcours de Gyurcsany reflète les espoirs et les désillusions de la Hongrie depuis la fin du communisme. Ferenc Gyurcsany a d’abord commencé sa carrière politique comme membre des jeunesses communiste. Après la chute du mur de Berlin, il devient membre d’une association pour la démocratie, avant de rejoindre le Parti socialiste hongrois (MSzP, Magyar Szocialista Párt).

Quand la Hongrie est revenu à la démocratie et au capitalisme, Ferenc Gyurcsany , économiste de formation, s’est surtout illustré comme chef d’entreprise. Il crée alors des sociétés prospères dont Altus. Il devient riche, très riche, accède au 50e rang des plus grosses fortunes de son pays. Il incarne l’avenir radieux que la transition démocratique et le capitalisme offrent à ceux qui, en Europe centrale, savent saisir leur chance.

Jeune, visage de la Hongrie moderne, ambitieux, bardé de ses succès économiques, Ferenc Gyurcsany devient populaire. Il se sent attiré par le pouvoir et décide de viser une carrière politique nationale. Il se met au service, comme conseiller économique, du chef de file des socialistes hongrois, le premier ministre Péter Medgyessy. Quand les premières turbulences sapent l’autorité de ce dernier, Gyurcsany n’hésite pas une seconde. Il contribue à faire tomber son supérieur et il accède à son tour à la fonction de chef du gouvernement. D’abord par interim, puis officiellement, en septembre 2004. En 2006, il est le premier chef de gouvernement hongrois depuis la chute du communisme à être réélu pour un second mandat. La coalition socialiste-libérale qu’il dirige remporte 209 des 386 sièges du Parlement au deuxième tour des élections.

Un scandale vient ébranler son autorité. Le 17 septembre 2006, la radio publique nationale diffuse les propos suivants de Ferenc Gyurcsány : « Nous avons merdé (...). Personne en Europe n’a fait de pareilles conneries, sauf nous (...). Il est évident que nous avons menti tout au long des derniers dix-huit mois ... Nous avons tout fait pour garder secret en fin de campagne électorale ce dont le pays a vraiment besoin, ce que nous comptions faire après la victoire électorale : nous le savions tous, après la victoire, il faut se mettre au travail, car nous n’avons jamais eu de problème de cette envergure. » Ces déclarations sont à l’origine de violentes manifestations contre le premier ministre, menées par l’opposition parlementaire de droite du Fidesz ou par des groupes plus radicaux comme le Jobbik ou le HVIM.

Tel un équilibriste, Ferenc Gyurcsány a pourtant su se maintenir au pouvoir après cette grave crise. La débâcle des banques européennes et américaines, affaiblies par la crise des subprime et l’effondremenet de l’activité de crédit au niveau mondial, malmène depuis plusieurs mois la coalition sociale-libérale au pouvoir à Budapest. Devenu impopulaire, accusé de ne pas avoir su empêcher le pays de tomber dans une crise économique et sociale sans précédent depuis la transition de 1989, l’ancien modèle des Hongrois est désormais voué aux gémonies. Au point qu’il se déclare prêt à quitter la scène politique, sans que sa décision soit rassurante pour l’avenir d’un pays totalement désorienté.