Moyen-Orient

Le Premier ministre irakien annonce la fin de la guerre contre l'EI... 

Les forces gouvernementales se battent depuis trois ans pour éliminer le groupe djihadiste Etat islamique (EI) du pays.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annoncé samedi «la fin de la guerre contre l'EI» en Irak. Les forces gouvernementales se battent depuis trois ans pour éliminer le groupe djihadiste Etat islamique (EI) du pays.

«Nos forces contrôlent complètement la frontière irako-syrienne et j'annonce donc la fin de la guerre contre Daech», un acronyme en arabe de l'EI, a-t-il dit à Bagdad à l'ouverture d'une conférence organisée par le syndicat irakien des journalistes. «Notre (...) ennemi (...) voulait tuer notre civilisation, mais nous avons gagné grâce à notre unité et notre détermination. Nous les avons vaincus en peu de temps.»

L'EI s'était emparé du tiers du pays en 2014 lors d'une offensive éclair, mettant en danger l'existence même de l'Etat irakien. Aidées par une coalition internationale menée par les Etats-Unis, les forces irakiennes avaient lancé une contre-offensive pour reprendre le terrain perdu.

Proclamation russe

Mercredi, le président russe Vladimir Poutine avait de son côté proclamé une victoire totale contre l'EI sur les deux rives de l'Euphrate en Syrie. «Naturellement, il se peut qu'il reste quelques poches de résistance, mais globalement l'opération militaire est désormais terminée sur ce territoire», avait précisé le chef du Kremlin, cité par l'agence Interfax.

Le«"califat» autoproclamé par l'EI en 2014 a disparu et sa domination sur un tiers du territoire irakien n'est plus qu'une page d'Histoire mais 3000 jihadistes n'ont pas encore baissé les bras en Irak et en Syrie, selon la coalition internationale conduite par les Etats-Unis qui a appuyé les forces gouvernementales irakiennes dans leur reconquête.

Le «numéro deux» des forces paramilitaires du Hachd al-Chaabi, qui ont également lutté contre l'EI, assure que «l'EI a été défait militairement en Irak mais pas éliminé». Selon Abou Mahdi al-Mohandes, l'EI «est encore présent à certains endroits et ses membres tentent de s'infiltrer parmi les civils et dans les villages». «L'EI a changé de méthode», ajoute ce commandant proche de l'Iran.

A l'issue d'une offensive éclair en 2014, l'organisation ultra-radicale s'était constituée, à cheval sur l'Irak et la Syrie, un proto-Etat aussi grand que l'Italie et dans lequel vivaient 4,5 millions de personnes. Aujourd'hui, c'est un retour à la case départ: elle est contrainte de revenir à la clandestinité.

Contrôler les frontières

Abou Mahdi al-Mohandes affirme que «la sécurité est assurée dans les principales villes (...) mais (qu')elle ne pourra pas être totale sans un contrôle entier de la frontière avec la Syrie», longue de 600 km et située dans une région désertique. Côté syrien, ce sont l'armée et les Unités de protection du peuple kurde (YPG) qui se partagent le contrôle de la frontière.

D'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), les jihadistes contrôlent toujours des poches en Syrie, notamment sur la rive orientale de l'Euphrate et dans les provinces de Homs et Hama (centre).

Du côté de la coalition antijihadistes, on fait le même constat que le responsable du Hachd al-Chaabi. L'EI «a été altéré militairement mais pas complètement défait. Il représente toujours une menace pour l'Irak», explique à l'AFP le colonel américain Ryan Dillon, porte-parole de la coalition. «Comme l'EI a perdu du terrain, de l'influence, ses flux financiers et ses capacités de combat conventionnel, nous pensons qu'il va revenir à ses racines terroristes et mener des attaques très médiatisées contre des civils sans défense comme nous l'avons vu récemment à Nassiriya et ailleurs», dit-il.

Le 15 septembre, 84 personnes, en majorité des pèlerins, avaient été tués dans une double attaque revendiquée par l'EI à Nassiriya (sud). Preuve de la persistance de cellules de l'EI, la coalition fait régulièrement état de raids dans la région de Taji, au nord de Bagdad, dans celle de Qayyara, au sud de Mossoul, et dans la province occidentale d'Al-Anbar alors qu'officiellement, l'EI en a été expulsé.

Retour dans le désert

Les jihadistes peuvent en outre se terrer dans la région inhospitalière et désertique située au sud du fleuve Euphrate, explique Hicham al-Hachemi, un expert des mouvements jihadistes. «Les combats dans le désert sont très durs car il y a des vallées de 12 m de profondeur et longues de centaines de km et Daech (acronyme en arabe de l'EI) y a creusé des caches impossibles à détecter d'avion», a-t-il expliqué. «De plus, chaque unité militaire qui s'y aventure a besoin d'être accompagnée d'un expert en cartographie sinon elle risque de s'y perdre», remarque-t-il.

Cette opération de nettoyage n'a pas encore commencé car il faut mobiliser un très grand nombre de soldats et de miliciens du Hachd. Parmi les zones à ratisser figure le Wadi Houran, la plus longue vallée d'Irak. Elle s'étend sur 350 km depuis la frontière saoudienne jusqu'à l'Euphrate. L'EI est présent dans ce relief accidenté --avec des gorges pouvant atteindre 200 m de profondeur--, où il a établi des caches et dispose de dépôts d'armes.

Pour l'expert en matière de sécurité Fadel Abou Raghif, «l'EI va revenir à ses origines, c'est à dire dans le désert, où se trouvent des grottes et des cavernes qui peuvent lui servir de refuge et qui sont adaptées à la nature de cette organisation. C'est là qu'elle a commencé».

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